Il m'est arrivé en IRL de pouvoir refaire le cheminement mental de personnes qui avaient fait une digression et se demandaient pourquoi elles en arrivaient là. Je savais à quel moment elles étaient parties sur un autre sujet, c'est assez amusant. Sans doute parce que quand des propos m'intéressent, j'écoute très attentivement. Cela, je ne l'avais pas vécu aussi souvent avant, sinon rarement, avec des personnes rencontrées par hasard, dans le train ou autre, par le passé.
Je suis frappée par une parole d'@Aeryn : "L'annonce lui a tout de suite permis de comprendre certains de mes comportements, qui ressemblaient à un homme Asperger qu'il avait connu quand il travaillait aux USA".
J'ai souvent trouvé des similitudes entre ma façon d'être et celle d'autres hommes autistes, sans doute du fait que je retrouve mes particularités chez les hommes de ma famille (mon père et mes oncles paternels, mon frère, des cousins). Quand je me trouve à parler avec des hommes autistes, j'ai instantanément l'impression d'être "en famille", en terrain connu, et à l'aise. C'est ainsi que depuis la première question "et si ça pouvait me concerner ?" j'ai des amis hommes, alors que je n'en ai jamais eu avant (sinon des ex avec qui j'ai ensuite développé une amitié).
Peut-être aussi que je pense comme ça parce que l'amitié féminine m'est plus facile à concevoir, et puis avec des femmes il y a une proximité d'expérience que je ressens immédiatement (à condition toutefois qu'elles soient des personnes avant d'être des femmes). C'est encore flou pour moi ce concept du "même" et du "différent", parce que je ne suis pas sûre qu'avant l'an dernier je pensais vraiment l'existence des autres, sinon mon très proche entourage. Je crois que je voyais plutôt les gens comme des entités météoritiques qui croisaient parfois ma trajectoire.
Peut-être que j'avais quand même cette capacité, parce que j'ai quand même réfléchi à mon rapport avec mes filles... quoique j'ai dû les élever assez longtemps plutôt d'une manière instinctive, animale, et c'est depuis que je peux avoir des entretiens distanciés avec elles, parfois des conflits, que je les pense vraiment comme individus distinctes de moi. Mais là encore, je dois exagérer, parce que ça paraît vraiment horrible à dire !

Il y a aussi, dans les doutes exprimés, que parfois je ne comprends pas (je comprends qu'on doute de la "formalisation" du diagnostic de l'extérieur, mais pas tellement qu'on ne se pense plus autiste), une grosse part du travail de l'acceptation du handicap, que j'ai dû faire de très bonne heure, ayant des problèmes de motricité (attribuées à l'hypothyroïdie) qui m'ont valu d'être "nulle en sport" au collège, et la surdité - je crois que côté mépris et refus de la différence invisible, j'ai déjà tout essuyé étant sourde... Donc je n'ai plus ce problème d'acceptation de l'image de soi écornée, ça va.

Je crois aussi que l'essentiel de ce qu'on projette sur l'extérieur comme acceptation, compréhension, etc..., concerne SOI d'abord et avant tout. Et qu'on peut se réconcilier avec soi dans la réflexion pré-diagnostic, et ne plus se laisser mettre hors-jeu, se laisser faire, simplement parce qu'on se sent digne d'être une personne, quoique différente. C'est là qu'est la légitimité à mon sens, non dans le regard des autres : on se fait moins de mal en croyant qu'il nous "manque un truc", en essayant d'avoir une vie qui nous fatigue et épuise nos ressources internes au lieu de nous ressourcer, ou en culpabilisant d'aimer "faire nos trucs seul(e)". Ca change beaucoup, une fois qu'on a fait ce pas de côté.
Il m'a été essentiel aussi de penser le handicap (où je ne vois pas de super-pouvoir, en rien). Je me sens plus partie prenante des personnes différentes ou handicapées en général, que seulement autistes. Mais là encore, j'ai eu cette réflexion avant, idem pour les troubles mentaux, dont j'ai beaucoup moins eu peur après avoir fait un mois et demi d'HP, avec plein de gens "comme moi" avec qui j'avais des discussions intéressantes aussi - ça vaccine de la peur.

Et pourtant, c'est une réflexion qui est restée dormante et inconsciente avant les questions sur l'autisme et le diagnostic, alors que c'était déjà assez ancien (l'hospitalisation en HP, par exemple, c'était en 2014). C'est la même chose pour les questions de genre, de spectre LGBTQI, qui sont apparues après questionnement. Ce sera sans doute plus clair après le diagnostic, et j'ai confiance dans le médecin (l'équipe) qui l'a fait, donc je sais que j'accepterai et ne le remettrai pas en question, je ferai avec. Je suis simplement curieuse de l'après.

Et quand j'aurai la ressource et le temps de m'impliquer dans une de ces causes, ça va être difficile de choisir !