MrMétaphysique a écrit : ↑jeudi 6 juin 2024 à 23:22
J’ai créé ce post pour savoir si vous pratiquez un sport, si oui lequel ; si c’est en club ou non ; si et comment vous avez pu surmonter les difficultés à pratiquer un sport liées à votre autisme ou à des comorbidités, ou si au contraire vous avez abandonné.
Salut,
Je suis actuellement inscrit en salle, dans des clubs (tennis, jujitsu brésilien), et j'en pratique également dans le cadre des activités d'un hôpital de jour (foot, et encore avant : boxe thérapie, tennis, marche/randonnée).
Je tiens aussi à préciser que je m'exerce chez moi (mon domicile s'est quasi transformé en salle
), et que j'ai entamé des démarches pour obtenir le BAFA (ce fut socialement une expérience très éprouvante...), ainsi que pour reprendre les études dans le domaine sportif.
Ma principale appréhension était le côté social, alors je vais un peu développer ce point.
1) L'inscription en
salle de sport n'a pas été trop compliquée. Il m'a suffi de me rendre à l'accueil, demander à m'inscrire, remplir quelques documents. Lorsque je vais à la salle (pas très souvent car j'ai ce qu'il faut au domicile), mes interactions sont limitées : je me contente de faire ce pour quoi je me suis déplacé, et ensuite je rentre.
Les rares échanges se limitent à me demander si j'ai bientôt fini avec telle machine, ou si la personne peut récupérer les poids qui sont à côté de moi.
Ceux qui veulent papoter peuvent le faire entre eux. En tout cas personne n'est jamais venu me "déranger".
Ce qui est gênant par contre, c'est de venir pendant les heures de pointe où la salle est archi bondée (ce qui dépend des salles certes), avec par moments des odeurs et une température perturbantes. On entend aussi le bruit "de la fonte", mais il ne me dérange pas trop.
2) Club de
tennis : j'ai été bien accompagné dès le départ. Le président du club m'a trouvé des premiers partenaires avec qui jouer, et m'améliorer. Ensuite je me suis débrouillé.
Par contre l'aspect social est déjà plus présent, car les personnes tapent la discussion. Alors il est préférable d'avoir un minimum de répondant ou de tchatche. (Personnellement j'ai fait le choix de ne pas mettre en avant l'autisme, sauf si les difficultés deviennent beaucoup trop prégnantes et handicapantes, comme ce fut le cas lors de ma 1ère partie de BAFA....). Du coup je suis plus en retrait.
Il arrive que les interactions soient agréables, mais d'autres fois elles surchargent et me barbent, je n'ai alors qu'une seule envie : partir m'isoler.
Au tennis, il ne devrait pas y avoir de problème par rapport aux LGBT. Mais au
JJB, la culture des membres du club est telle qu'ils seront sans doute moins tolérants s'ils apprennent que quelqu'un est gay.
3)
Hôpital de jour : idem, là on est "pris en charge". L'avantage est que notre fonctionnement est plus ou moins connu, donc si jamais il y a des problèmes entre patients, l'équipe effectuera un rappel à l'ordre. Ça ne m'est jamais arrivé, car si ça ne va pas, je me contente de m'éloigner. Socialement je m'entends assez bien avec tout le monde : je salue, j'échange un peu parfois, voire joue avec les personnes présentes (billard, jeux de société etc). Aucun souci.
D'ailleurs il y a un homme gay dans mon groupe de foot, et c'est l'une des personnes les plus acceptées, appréciées, et sociables parmi tous les patients de la structure.
Chaque sport est animé par un intervenant professionnel, avec sa propre personnalité. J'en ai eu un qui est axé "mérite", façon "pas de chichi, si tu veux gagner tu dois le mériter". Et un autre qui est plus soutenant / compréhensif par rapport aux handicaps.
D'ailleurs lors de sorties spéciales, ils nous ont permis de découvrir de nouveaux sports autour de Fontainebleau :
paddle, tchoukball, disc golf, kinball, bumball, tir à l'arc... C'était cool.
4) Le
BAFA, je l'ai débuté car ma psychologue m'a proposé de reprendre une formation dans le sport (BPJEPS ou STAPS). Elle m'a proposé de débuter par le BAFA car c'est un petit peu lié au domaine sportif professionnalisant (formation financée de mes poches), pour devenir "animateur".
Ce fut une expérience très douloureuse : je me suis retrouvé enfermé de 9h à 17h, pendant 8 jours, avec des adolescents pour la majorité extravertis (j'ai un peu plus de la trentaine), et très peu de pauses (en fait, pendant les pauses ils restaient entre eux à discuter)...
Lors des interactions, je sentais un énorme décalage je suis devenu mutique dès le 1er jour... prêt à abandonner dès le 2ème. Toutes les journées étaient consacrées à des débats, exposés, et animations. Je me suis complètement foiré lors des jeux sociaux (vendre l'autre devant tout le groupe en improvisant, par exemple), mes exposés (j'ai perdu la voix, et ne contrôlais plus rien, restais figé), j'ai oublié les paroles de ma comptine lorsque je devais la chanter, et j'en passe...
Certains élèves m'étaient aussi un peu hostiles (sans qu'il y ait de harcèlement). La plupart m'ignoraient juste. D'autres compatissaient.
J'ai eu l'impression d'être un minable, un débile mental.
Au final, j'en ai parlé à des responsables... et elles m'ont autorisé à m'isoler pendant les pauses de midi + ont été globalement bienveillantes, en disant qu'on pouvait aménager certaines choses pour moi. J'ai réussi à tenir jusqu'au bout, mais que ce fut laborieux...
Il y a des autistes plutôt éloquents qui s'ouvrent volontiers et s'attirent naturellement la sympathie du milieu standard, mais moi je ne fais pas partie de ceux-là. [...] Je suis introverti, réservé, taciturne (même si dans certains contextes, je peux me mettre à beaucoup m'exprimer).
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Je comprends que l'on puisse abandonner lorsqu'on est submergé et en souffrance... Néanmoins j'ai réussi à partir sur une note positive, renforçant ma résilience, et pas un échec qui aurait rendu caduque tous mes efforts (renforçant une boucle de dévalorisation).
Je ne suis pas sûr d'avoir bien répondu au sujet, mais voilà mon témoignage.