Je ne sais pas si mon sujet est au bon endroit, je ne sais même pas si il est pertinent mais je cherche un endroit où déposer mon histoire depuis quelques jours (de saines ruminations

Je suis instit, pour celles et ceux que je n'ai pas encore croisé, en maternelle. Depuis septembre, j'accueille dans ma classe 12H/semaine un petit garçon A, diagnostiqué avec TSA sévère. Il est non verbal, non autonome (même pour des tâches comme aller aux toilettes), il semble avoir une importante déficience intellectuelle même si la maman ne nous a jamais communiqué les tests de QI. En tout cas, il a à 7 ans (il est en maintien) à peine les compétences d'un élève de petite section en maths, et en écrit (connaissance des lettres). Il a une très faible compréhension de l'oral (impossible de comprendre une histoire même de type Tchoupi); ; parle quasiment pas (il répète quelques mots mais ils sont très difficilement compréhensibles et n'ont pas de sens pour lui) et surtout, surtout ne s'intéresse à aucune des activités qui lui sont proposées. Chaque instant d'apprentissage est un calvaire pour son AESH : il faut insister encore et encore pour qu'il accepte d'essayer de faire quoique ce soit en dehors de faire rouler des voitures ou trier des formes géométriques, ou jouer avec du sable magique.
Depuis la rentrée, nous nous sommes - son AESH et moi- avons mis en place des plans de travail avec des activités spécialement pour lui, avec du matériel adapté (les enseignants savent que ce sont des heures de boulot). Sa mère lui a fourni une tablette avec le logiciel de communication alternative (picto et retour vocal), il a fallu se former sur notre temps perso à cet outil, essayer de l'utiliser... Chaque jour je remplis un compte-rendu de ses activités, de son comportement pour que sa mère sache ce qu'il a fait et comment il était. Ca et les interminables réunions éducatives avec les parents au sujet de cet enfant.
Comme depuis 4 ans, nous avons encore insisté sur le fait que la place de d'A, n'était absolument pas en CP (ou en ULIS) mais qu'il devenait de plus en plus urgent de lui trouver une place en IME. les enseignantes de CP sont intervenues en expliquant que là les "belles heures" d'A. étaient terminées. D'une part, elles ne souhaitent pas continuer le travail de plan de travail (avant d'aller plus loin, il faut savoir que ce n'est pas une adaptation des activités pour une différenciation "normale" mais créer des activités spéciales, en essayant de s'appuyer sur ses intérêts spécifiques et avec du matériel DONC pas le travail de l'enseignant.e mais plus d'un éducateur) et elles n'auront pas le matériel ou la place de lui aménager un endroit avec des jeux, etc. La MDPH a donc notifié : IME ou école ABA (c'est sa préférence mais 1/ l'école ABA a des délais phénoménaux et 2/ A n'a pas le profil des enfants TSA qu'ils accueillent)
Mais la maman a fait appel de la décision de la MDPH (comme chaque année depuis 4 ans, puisque depuis la crèche on lui conseille de commencer les démarches vers les IME vu les délais) et a bien insisté sur le fait qu'A. n'irait pas en IME mais en CP et elle veut imposer la façon dont on devra s'occuper de lui. (officiellement elle dit que c'est à cause des délais qu'elle ne peut pas le mettre en IME, mais on sait qu'elle a toujours refusé les notifs en IME, donc elle ne l'a jamais mis sur liste d'attente).
Donc ça encore c'était la routine et finalement je faisais avec... je comprends à quel point sa situation doit être difficile, je comprends qu'accepter que son enfant aille en IME soit un déchirement, bref, j'ai accepté beaucoup de choses tout en essayant de lui faire comprendre que les progrès n'arrivaient pas, et que je doutais qu'ils arrivent de sitôt (je n'ai pas dit que je pense que le retard intellectuel est trop important pour qu'il aille beaucoup plus loin, je sais qu'elle ne l'accepterait jamais et encore une fois, je comprends).
Sauf que lundi, la maman nous a agressé l'AESH et moi parce que sur le carnet de liaison j'ai écrit que le vendredi A. n'avait pas voulu travailler et que donc il était parti dans le couloir (mais seul, de son plein gré) pour ne pas avoir à faire ce qu'il devait faire. La maman a dit que nous nous occupions pas correctement de lui, qu'elle pourrait porter plainte, que si il ne progressait pas c'est qu'on n'insistait pas assez. Qu'elle n'était pas d'accord pour qu'on le laisse jouer avec des voitures et qu'on ne devait pas le laisser jouer pendant les temps scolaires. Que elle elle le fait travailler à la maison en le forçant à rester assis 30 minutes, et qu'il peut très bien le faire.
J'avais un rendez-vous parent donc je lui ai dit que ce n'était pas le moment, et qu'on se verrait plus tard. Sauf que sur le parking, elle a choppé l'aesh et elle a repris son agression...
J'ai immédiatement alerté la directrice, qui devait la voir le midi même pour lui rappeler qu'elle n'est pas autorisée à parler à l'aesh hors de ma présence et ni a agresser le personnel mais bizarrement ce midi là la maman avait des obligations. REndez-vous est pris pour lundi (j'ai hâte

En attendant je cogite... J'ai beau savoir que je ne suis pas en tort, je ne suis d'ailleurs pas inquiète pour la soit disant plainte : même si elle mettait sa menace à exécution, je n'ai rien à me reprocher. Je ne viens pas chercher à ce qu'on m'envoie des fleurs pour ce que j'ai fait depuis le début de l'année. Je ne veux pas non plus qu'on tire à boulets rouges sur cette maman... je sais que la situation est compliquée, je sais que même si elle ne s'y prend pas toujours comme il faut, elle essaie de faire au mieux pour son fils.
Ce qui me travaille c'est justement cette orientation en CP et cette inclusion. Nous ne pourrons pas refuser d'accueillir A. l'année prochaine. Il ira donc en CP ou je sais qu'il ira mal. D'autant plus que son AESH actuelle qui le suit depuis 3 ans ne veut plus le suivre (principalement à cause de la maman) et qu'il va changer de bâtiment donc il n'aura plus de repère.
La maman nous accuse (toute l'école) de rejeter son fils, d'essayer de l'obliger à le retirer de l'école et donc d'être dans l'illégalité puisqu'on lui refuse un droit.
Mais à quel moment il devient légitime de dire à une famille que la place de son enfant n'est pas à l'école "classique" ? Est-ce qu'on peut faire ça sans passer pour un monstre qui est contre l'inclusion ? Comment fait-on pour ne pas se laisser marcher sur les pieds par ces familles qui abusent de nous en réalité, jouent les victimes en brandissant la menace de porter plainte parce qu'on refuse l'inclusion à leurs enfants alors que la réalité n'est pas qu'on ne veut pas mais que ce n'est tout simplement pas possible (et pas seulement à cause du manque de moyen mais parce que l'enfant n'a pas les compétences d'élève) ?
Et je m'interroge aussi en tant qu'autiste sur la brutalité de cette mère qui veut absolument que son fils entre dans le moule...et peu importe le prix à payer, aussi bien financier mais psychologique pour lui. Elle a par exemple pris un abonnement au stade à côté de chez nous et elle l'emmène à chaque match, pour "qu'il s'habitue aux bruits". Elle le force à "travailler" au moins 30 minutes par jour en plus de l'école. Elle a caché toutes les voitures et objets qui tournent pour qu'il ne puisse plus faire de repli autistique. Et surtout, elle veut que j'agisse de même. Elle dit que c'est la méthode ABA, que c'est très efficace et que ça marche. Mais il me semble que cette méthode est controversée (si jamais quelqu'un a des références solides d'ailleurs je suis preneuse) et surtout cela me met mal à l'aise de "forcer" en permanence un enfant à faire des choses qu'il ne peut/veut pas faire.
Voilà si vous avez réussi à tout lire, je crois que je serai intéressée par vos réactions, vos opinions sur cette question de l'inclusion à marche forcée (on parle parfois de la souffrance que cela cause aux enseignants qui n'ont pas la capacité de le faire dans de bonnes conditions mais quid de l'enfant qu'on oblige à rester dans un système qui ne lui convient pas ?). Encore une fois, je ne veux pas qu'on me rassure sur mon travail, et encore moins qu'on condamne cette maman.