J'avais écouté le témoignage de Josef Schovanec dans "Le cerveau d'Hugo" où il dit :
"Je connais un journaliste qui m'avait expliqué que tant que je restais immobile sans parler, je passais pour normal, quand je bougeais un petit peu, on pouvait avoir quelque doute, et quand j'ouvrais la bouche c'était fini!"
Loin de moi l'idée de ressembler à J. Schovanec, tellement je me sens tout à fait ordinaire, à ceci près que faisant une à deux têtes de plus que la moyenne de l'humanité, je n'ai jamais eu un physique passe partout, mais j'ai du mal à faire croire aux gens que je me vis comme ayant une taille tout à fait ordinaire, je ne sais pas dire par exemple qui est petit qui est grand, ça ne m'évoque rien, tout le monde a la même taille et moi avec. Je peux prendre conscience si je me vois à côté de quelqu'un dans le reflet d'une vitrine, alors là je vois une différence effarante que je ne perçois pas quand je parle avec les gens. Je ne me fais pas prendre en photo au milieu de gens, je fuis les gens, donc je n'ai pas de photo me montrant dans mon état naturel au milieu d'autres personnes. Donc je ne suis jamais en mesure de contempler le spectacle de mon image en comparaison à une norme.
J'en parlais avec une amie qui se dit petite, et qui s'est presque mise en colère parce que je lui soutenais que je ne la voyais pas petite. Elle me dit alors, "mais je t'arrive en en dessous de la ceinture!!!!!!!!" Effarée, je lui explique que notre différence de taille n'était que d'une bonne trentaine de centimètres, et que même quarante centimètres, c'était une distance faible, lui montrant entre mes mains ce que réprésentait à la louche si peu de centimètres, rien n'y a fait. Elle a fini par se lever pour me montrer, qu'elle m'arrivait à la poitrine et non pas ailleurs, ouf

En lisant "Nova" sur le sujet "Le sentiment de ne pas être aimé(e)", j'ai eu l'idée de ce sujet. Nova disait avoir demandé à quelqu'un "pourquoi d'emblée les gens ne semblaient pas m'aimer?" pour s'entendre répondre que Nova était perçu comme "hermétique".
Je me suis alors demandé quelle image, moi-même je renvoyais, si déjà je ne perçois pas ma différence de taille, qu'en est-il du reste?
Je viens donc de poser la question à mon meilleur ami, par internet, comment les gens me voient et voici sa réponse :
"Je viens de voir ta question. Je ne sais pas trop. Je pense qu'ils voient de l’étrangeté, quelque chose d'atypique physiquement et dans la façon d’être qu'ils n'arrivent pas à définir et donc qui peut soit captiver, intriguer ou déranger."
Premier choc...


Ensuite, je lui ai demandé parce qu'il connait plusieurs asperger, s'il voyait des choses de moi qui pourrait être lié au syndrome d'Asperger :
"oui, il y a beaucoup de choses très typiques de l'autiste chez toi, dans ta façon d’être et de te mouvoir, avant même tes intérêts spécifiques et ta façon de communiquer."
Re-choc

Et il rajoute :
"L'autisme est comme une aura qui t'entoure. Elle parle avant que de t'entendre, y compris dans ta façon de regarder les autres."
Bon, avec ça je suis habillé, façon J. Schovanec... où alors je ne comprends pas ce qu'on me dit surtout qu'il ajoute, histoire de m’ôter encore un doute :
"ta voix et ton phrasé sont très singuliers"
Il est vrai que j'ai toujours entendu dire les gens que j'avais un accent régional, souvent situé dans les Vosges, certainement au sommet d'une montagne isolée, parce qu'on n'a jamais su me situer l'affaire exactement, mais maintenant, on ne me le dit plus...
Bon alors avec un tableau comme ça, je voudrais savoir comment vous faites, vous, pour savoir l'image que vous renvoyez aux autres, parce que moi je ne maîtrise pas bien, alors à moins qu'on me filme un jour, et qu'on me force à regarder, je ne savais pas toutes ces choses-là.
Il a fallu ce diagnostic pour que je commence à m'interroger sur mon rapport au monde. Et d'ailleurs, quand je suis sorti avec mon diagnostic de chez les Dr L., j'ai eu le sentiment qu'il m'avait envoyé le message que j'étais si typique que c'était difficile de me louper, alors que j'en suis encore ce matin même, à me dire qu'il y avait peut-être une erreur sur mon diagnostic, je suis quand même hyper normal...

J'ai un chemin à faire pour me percevoir, je crois, enfin je ne suis pas aussi naïf que je le décris, mais tout de même, je ne pensais pas à ce point, et vous?