Bonjour,
Je viens ici pour déposer un morceau de moi. Pour poser avec le plus de clarté et de sincérité possible tout ce que je traverse actuellement, parce que c'est immense, douloureux, confus, et que j'ai besoin de soutien, de retours, d'échos.
Je suis dans une relation amoureuse non exclusive avec une personne que j'aime très sincèrement. Et cette relation m'a plongé dans une expérience intérieure que je n'avais jamais connue auparavant. C'est peut-être la première fois de ma vie que je ressens un amour aussi fort, aussi bouleversant, et aussi profondément déstabilisant.
De base, je n'envisage pas de relation ouverte ou polyamoureuse. Cette idée me perturbe énormément dans la construction mentale que j'ai de l'amour et de ce que je veux construire autour. Pour moi, l'amour est quelque chose de fort, d'engageant, de fusionnel. L'idée que la personne que j'aime puisse aimer quelqu'un d'autre en même temps me plonge dans une incompréhension totale, une angoisse profonde. Cela remet en question des fondements que je croyais solides, et que je ne sais pas encore comment faire évoluer, ou même s'ils doivent évoluer.
Elle est toujours très proche de son ex. Ils se voient régulièrement, ils sont très connectés émotionnellement. Elle m'a dit être encore amoureuse de lui, et que cela ne changera peut-être jamais. Elle est en questionnement sur le polyamour, sur ce qu'elle veut vivre, sur sa façon de se lier. Ce n'est pas figé pour elle, mais ce n'est pas clair non plus pour moi. Et moi, je suis là, au milieu de ce flou, avec mon besoin de sécurité affective absolue, ma peur panique de ne pas être suffisant.
Quand nous nous sommes rencontrés, elle avait encore une relation intime avec lui. Elle m'en a parlé. Et malgré tout, elle s'est rapprochée de moi. Elle a mis une distance avec lui, m'a fait une place, m'a choisi. J'ai vu qu'elle faisait des pas pour moi, pour nous. Et à chaque éloignement, chaque crise, chaque moment où je n'arrivais plus à gérer mes émotions, elle est revenue. Elle m'a réconforté du mieux qu'elle pouvait, avec ses mots, ses gestes, ses limites aussi. Elle m'a dit qu'elle m'aimait "dans ma valeur absolue", une phrase qui m'a bouleversé.
Mais elle m'a aussi dit qu'elle ne pouvait pas me donner plus sans se perdre elle-même. Et je le crois. Je le vois. Elle a ses propres limites, ses propres douleurs aussi. Elle n'est pas mon sauveur. Elle ne peut pas porter tout ce que je vis. Et pourtant, je ressens un besoin viscéral d'être sécurisé, rassuré, réconforté en permanence. Et c'est insoutenable, pour moi comme pour elle.
Je suis autiste, avec une forte alexithymie. Je n'arrive pas à identifier mes émotions tant qu'elles ne sont pas déjà en train de m'engloutir. Je ne sais pas ce qui me fait du bien ou du mal avant qu'il soit trop tard. Et dans cette relation, je suis constamment submergé. Je vis dans une hypervigilance permanente. Je scrute, j'anticipe, je panique. Je vis avec la sensation que je peux la perdre à tout instant. Et je me rends compte que cette peur prend racine bien avant elle. C'est un schéma ancien. Mais aujourd'hui, c'est elle qui le réveille.
Je ne me sens pas prêt à vivre une relation ouverte. Pas par idéologie, mais par incapacité émotionnelle. J'ai besoin d'exclusivité affective, d'une forme de fusion, de stabilité. Et je ressens en même temps une pression énorme à devoir m'ouvrir pour ne pas la perdre. Elle ne me le demande pas explicitement. Elle me dit même qu'elle ne me demande rien. Mais je n'ai jamais osé poser la question clairement : "est-ce que tu respecteras mon rythme si je ne m'ouvre jamais ?" Parce que j'ai trop peur d'entendre un non, ou une réponse floue, ou un silence. Et je vis dans cette incertitude comme dans une menace constante.
Je suis dans une lutte intérieure épuisante entre mon émotionnel et mon rationnel. Mon émotionnel me hurle que je vais la perdre, qu'elle aime un autre, qu'elle se rendra compte que je suis de trop, pas assez. Mon rationnel tente de me rappeler qu'elle est là, qu'elle me choisit, qu'elle fait de son mieux, que mes peurs sont les miennes. Mais cette voix-là est faible. Elle ne suffit pas à apaiser mon corps qui tremble, mon cœur qui serre, mes pensées qui tournent en boucle.
Nous nous sommes éloignés plusieurs fois déjà. Parce que je ne gère pas. Parce que c'est trop. Parce que je m'effondre. Et à chaque fois, elle est revenue, avec douceur, avec amour, avec ses limites. Aujourd'hui, c'est encore le cas. J'ai craqué une fois de plus. J'ai tout remis en question, paniqué, pleuré, crié ma peur. Elle has besoin de distance. On s'est dit qu'on allait attendre, ne pas prendre de décision à chaud. Mais je sens que je suis en train de la perdre. Et ça me dévaste.
J'ai cette croyance ancrée que l'amour doit durer toujours. Que sinon, ça ne vaut rien. J'ai toujours attendu que l'amour me sauve. Que quelqu'un vienne donner un sens à ma vie. Et je me rends compte aujourd'hui à quel point c'est dangereux, à quel point je me suis construit sur cette attente. Et que je dois en sortir si je veux survivre. Mais je ne sais pas encore comment.
J'ai peur de construire quelque chose de beau et de le perdre. J'ai peur de m'investir, d'aimer, de donner, et qu'un jour tout s'arrête. Et que je m'écroule. J'ai peur que cette douleur, que je ressens aujourd'hui, ne soit que le début. Et je ne sais pas si je pourrais y survivre une autre fois.
Je suis en thérapie. Je travaille sur tout cela. Mais j'ai besoin de parler avec d'autres personnes qui vivent ce genre de combats. Ce tiraillement entre dépendance et amour sincère. Entre peur et confiance. Entre idéal et réalité. Entre vouloir aimer librement et ne pas pouvoir lâcher prise.
Merci à celles et ceux qui prendront le temps de lire. J'écris ici pour ne pas rester seul avec tout ça. Pour ne pas me perdre entièrement.
Le rationnel comprend, l’émotionnel s’effondre
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Le rationnel comprend, l’émotionnel s’effondre
TSA diagnostiqué
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Re: Le rationnel comprend, l’émotionnel s’effondre
Je comprends tout à fait. Lors du diagnostic on m'avait aussi parlé alexithymie.
Sauf que personnellement je ne cherche pas à me sortir de cette idée d'exclusivité car pour moi c'est une chose essentielle au couple que j'ai envie de construire et je me vois pas avoir une relation d'intimité (physique ou psychique) avec plus d'une personne.
Sauf que personnellement je ne cherche pas à me sortir de cette idée d'exclusivité car pour moi c'est une chose essentielle au couple que j'ai envie de construire et je me vois pas avoir une relation d'intimité (physique ou psychique) avec plus d'une personne.
TSA confirmé .
Je suis un rat de bibliothèque aussi bien dans le monde physique que sur internet.
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Re: Le rationnel comprend, l’émotionnel s’effondre
Même sans être dans de la dépendance affective, les relations ouvertes ne conviennent pas à tout le monde. Moi, je ne me verrais pas "partager" mon conjoint avec quelqu'un d'autre...
L'amour qui dure toujours est un amour qui se construit sur le long terme. Qui s'appuie sur la connaissance de l'autre, la confiance, les projets qu'on fait ensemble. Mais pour construire un tel amour, il faut être deux, et il faut que les deux s'y sentent bien. La confiance est la base. Est-ce que vous pourriez construire quelque chose comme ça ? Quelque chose qui vous ressemble à tous les deux et où vous pouvez chacun être vous-même, même quand il faut parfois faire des compromis ?
Ce sont des questions, des pistes de réflexion, je ne vous connais pas et je ne peux donc pas donner de réponses. Mais je pense que vous devriez peut-être vous les poser...
L'amour qui dure toujours est un amour qui se construit sur le long terme. Qui s'appuie sur la connaissance de l'autre, la confiance, les projets qu'on fait ensemble. Mais pour construire un tel amour, il faut être deux, et il faut que les deux s'y sentent bien. La confiance est la base. Est-ce que vous pourriez construire quelque chose comme ça ? Quelque chose qui vous ressemble à tous les deux et où vous pouvez chacun être vous-même, même quand il faut parfois faire des compromis ?
Ce sont des questions, des pistes de réflexion, je ne vous connais pas et je ne peux donc pas donner de réponses. Mais je pense que vous devriez peut-être vous les poser...
Détectée HQI dans l'enfance, diagnostiquée TSA de type syndrome d'Asperger en juillet 2015.
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Re: Le rationnel comprend, l’émotionnel s’effondre
On sent bien ta détresse dans ce que tu écris... 
Le premier point qui me paraît essentiel, c'est la nécessité de te faire aider psychologiquement ; c'est en cours, très bien.
Côté conseils techniques sur "comment t'en sortir", ton suivi psy est le plus à même de t'apporter des pistes adaptées. Côté conseils théoriques aussi (ou même théorie tout court), en fait.
Si tu trouves des trucs te paraissant utiles parmi les réponses des unes et des autres, demander un avis pro' dans le cadre de ta thérapie serait une mesure de précaution.
Le second point, c'est qu'il est parfaitement légitime de ne pas envisager de relation polyamoureuse ou une vie commune avec une personne polyamoureuse, si on ne l'est pas soi-même et que l'on n'est pas OK avec cet arrangement (ça vaut aussi pour Hydrean et Flower).
Ça n'est pas forcément un rejet idéologique comme tu le réfutes d'ailleurs Thorba, c'est simplement que c'est une manière de ressentir l'attirance, ou par extension de concevoir l'arrangement dans le couple — lorsque l'on vit avec une personne polyamoureuse sans l'être soi-même — que l'on a ou que l'on a pas, c'est tout.
On peut ne pas encore avoir pris conscience de son polyamour, ce peut être en cours de réflexion comme tu l'évoques, ou bien fluide dans certains cas, quant à la décision des personnes non-concernées elle peut évoluer, mais il faut, dans tous les cas, que ça vienne totalement de soi.
Ce qui dans les faits peut être compliqué car selon si la situation dans laquelle on se trouve est saine ou non, on peut être incité·e à céder à ce que l'autre aimerait — dans le sens du polyamour comme dans l'autre.
Il faut bien comprendre ce que je dis [je préfère trop expliquer que pas assez, même si ça devient trop général par rapport au topic, vu les idées reçues sur le polyamour] :
Ce n'est en aucun cas le polyamour qui est potentiellement toxique — ne serait-ce que "parfois" —, mais bien la situation à un instant T. Le polyamour, c'est être dans une relation comptant plus de deux personnes, ou le souhaiter ; par contre, la façon dont c'est fait, les personnes et leurs motivations, ne sont plus du registre du polyamour mais de l'éthique personnelle [dans le sens où les gens n'agissent pas forcément selon ce qui est objectivement éthique]. Exactement comme dans le monoamour, qu'il serait tout autant absurde d'associer, dans ce qui le définit stritctement, à des relations saines ou malsaines.
De plus, je parle bien de "céder à ce que l'autre aimerait — dans le sens du polyamour comme dans l'autre" = renoncer au polyamour à contre-cœur. Ce qui place donc les relations polyamoureuses (et non le polyamour) sur le même pied d'égalité que les relations monoamoureuses (et non le monoamour), en termes de possible limitation de l'épanouissement personnel.
Ce qui me ramène au sujet présent.
Renoncer à soi-même est à proscrire coûte que coûte.
Par contre, ça veut dire qu'il faut accepter de renoncer aux relations où ça ne matche pas. Ce qui est source de déception, tristesse, etc., et c'est normal ; mais c'est ça ou s'oublier.
Et contrairement à ce qu'on peut nous avoir mis en tête : la relation de couple (ou trouple ou +), c'est un bonus dans la vie, pas une nécessité, et l'autre (ou les autres) n'est pas notre moitié (ouais bon je vais m'arrêter là avec les parenthèses on a compris surtout que là on va rentrer dans les fractions et je suis nulle en maths
) puisque chaque personne existe déjà complètement.
Et oui, il est possible d'être complètement soi-même et en couple, et même il est crucial de le revendiquer ; les possibilités de matching sont certes réduites, mais penser qu'elles le sont à outrance serait fort réducteur pour notre espèce, capable de former toutes sortes de combinaisons. Et sinon, être soi-même et célibataire.
Au diable le chantage à l'égoïsme lorsqu'il s'agit de sacrifier ses souhaits de vie, son caractète, son identité... Les compromis, c'est bon pour choisir un repas ou un film (et encore il ne faut pas en abuser).
Sinon, certaines personnes sont aromantiques. D'autres choisissent le célibat pour diverses raisons. D'autres sont juste à l'aise comme ça... oui parce que c'est possible, sisi !
J'en ai parlé justement hier sur le topic dédié au polyamour :
Cependant, je me rends compte que j'ai été un peu vite en ne parlant que d'UNE souffrance comme si c'était uniforme pour toutes les personnes concernées, tout en n'associant cette souffrance qu'au seul conditionnement sociétal — bel et bien prégnant ceci dit —, sans considérer les autres éventuels facteurs pouvant participer à rendre certaines personnes plus vulnérables encore, comme le vécu, les situations d'emprise, les éventuels troubles. L'autisme par exemple, avec l'alexithymie, mais aussi les difficultés dans la compréhension des relations et des échanges (donc dans la représentation claire de ce que l'autre attend ; au mieux le terrain est sain et on met en place avec l'autre un système de communication claire, au pire l'autre en tire profit). Je me demande si le répétitif/restreint ne pourrait pas aussi poser des challenges : les routines perturbées par la relation, mais aussi la relation en tant que routine ou manque de routine, imprévisibilité non plus communicative mais "dans le déroulement", pouvant induire une dépendance affective... Ça reste une supposition mais ce qui est sûr, c'est que ça dépendrait de chaque cas et même de chaque contexte temporel (l'autisme est constant mais le niveau de saturation lui peut varier énormément).
En l'occurrence [je ne dis pas ça spécifiquement par rapport à l'autisme je le précise], tu sembles avoir un rapport à toi-même particulièrement fragile.
Tu dis avoir "un besoin viscéral d'être sécurisé, rassuré, réconforté en permanence", et que c'est insoutenable pour vous deux : peut-être la source de ce comportement est-elle, pour toi, tout aussi insoutenable que le comportement lui-même (si ce n'est plus) ?
C'est comme si tu vivais sans une partie de toi, ou en étant toi mais en même temps personne [de légitime].
D'un côté, je trouve que je vais trop loin.
Mais d'un autre côté, je n'en suis pas si sûre — je ne peux cependant pas avoir le dernier mot sur ta personne et en cela n'hésite surtout pas à me dire si je fais erreur dans mon interprétation.
Car tu parles bien de ta crainte que "tout s'arrête" et que tu t'"écroules" sans votre relation (ou sans relation de couple, au sens plus général, si j'ai bien compris ?). Donc a priori, toi tout seul, c'est comme si c'était synonyme de "plus rien" ou de "plus rien de bon".
Tu parles aussi de sens donné à ta vie, d'être sauvé par l'amour romantique... Or, on donne du sens à ce qui n'en a pas... bon, rien de si alarmant, si on considère que d'un point de vue philosophique, en effet, la vie ne peut avoir de sens... En revanche, si on replace dans ton message, ça fait beaucoup plus "ma vie n'a pas de sens [sans X]", ce qui n'est pas du tout pareil. Et puis alors, "sauver"... on sauve ce qui est en danger, ou bien condamné sans une intervention fortuite, ou bien encore ça peut vouloir dire "améliorer quelque chose de médiocre", "récupérer comme on le peut"...
Tu dis t'être construit sur cette idée fausse et dangereuse (tu en as conscience et c'est une très bonne chose) de l'amour [romantique] sauveur et qui dure toujours. Et c'est comme si pour toi, construction (de toi) et vision faussée de l'amour ne pouvaient être séparées ; comme si tout ce qui sortait de ce cadre n'avait plus de validité, toi avec.
Comme si, en pensant aux souvenirs et aux accomplissements communs avant rupture (hypothétique), tu n'y voyais pas un accomplissement t'appartenant à toi tout autant qu'à l'autre. Comme si sans la "relation pour toujours", tout ce qui avait été vrai jusqu'alors pour toi, s'effaçait...
Ce doit être très dur de vivre ça...
Je pense qu'au-delà de la croyance en l'amour romantique qui dure toujours, qui viendra te sauver, qui peut cesser (et tout faire cesser) à tout moment et faire très mal, il y a aussi une conception de la relation amoureuse où finalement, les individualités sont mises au second plan dans un couple qui ne doit former qu'un, quitte à enquiller un peu n'importe comment. (Quoique, même "enquillées" harmonieusement, deux personnes sont toujours deux personnes, distinctes.)
Sauf que là dans ce que je crois déceler, c'est comme si ton individualité à toi n'avait pas spécialement d'existence valide, et n'était définie et nourrie qu'au travers de cette relation de couple. Relation au sein de laquelle tu ne peux même pas être toi-même au bout du compte...
J'ai l'impression qu'on est dans la vision du couple non pas comme bonus mais comme nécessité (plus ou moins impérieuse selon les gens), où au lieu de se rendre à l'évidence qu'il y a des différences inconciliables et une légitimité à être soi-même même si ça veut dire arrêter la relation ou s'en abstenir, on renonce à être pleinement soi-même.
Ici ce serait soit elle qui renoncerait au polyamour pour toi (à moins qu'elle ne se rende compte, d'elle-même, qu'elle n'est finalement pas polyamoureuse vu que tu dis bien que ce n'est pas figé), soit toi qui renoncerais à ton désir d'une relation monogame pour elle.
Je ne parle pas d'exigences concrètes (dans ce que tu dis il ne me semble pas que vous pensiez que vous vous devez des choses), plutôt d'attentes basées sur une construction mentale, d'un modèle un peu vague de "c'est quoi la vie de couple". C'est pour ça que j'ai élargi de nouveau à quelque chose de plus général.
Dans le cas présent, j'ai bien l'impression que la vie de couple c'est visiblement s'oublier, sacrifier son épanouissement personnel, plutôt que d'accepter l'option de ne pas/plus être en couple. Alors que la vie de couple, c'est aussi ça.
Je comprends que ce soit une dure réalité à accepter, que l'on puisse être dans une situation où ça nous semble impossible, mais en fait, renoncer à courir après ce dont on pense avoir besoin chez autrui pour se construire, c'est impératif, si on veut pouvoir se construire véritablement et ne pas passer à côté de soi-même.
Car sinon, ça n'est pas une véritable construction de soi, c'est une restriction de soi. Ce passage est assez parlant je trouve :
Enfin...
Bon courage en tout cas et ne t'oublie pas.
Une dernière chose : ça peut ne pas matcher amoureusement mais continuer de matcher amicalement !
Tu dis qu'une rupture reviendrait à la "perdre", mais en fait, tu ne "perdrais" que la relation de couple avec elle (bien qu'objectivement non vu le caractère bonus).
L'intérêt véritable chez une personne, c'est qui elle est, pas CE QU'elle est (vis-à-vis de nous).

Le premier point qui me paraît essentiel, c'est la nécessité de te faire aider psychologiquement ; c'est en cours, très bien.
Côté conseils techniques sur "comment t'en sortir", ton suivi psy est le plus à même de t'apporter des pistes adaptées. Côté conseils théoriques aussi (ou même théorie tout court), en fait.

Le second point, c'est qu'il est parfaitement légitime de ne pas envisager de relation polyamoureuse ou une vie commune avec une personne polyamoureuse, si on ne l'est pas soi-même et que l'on n'est pas OK avec cet arrangement (ça vaut aussi pour Hydrean et Flower).
Ça n'est pas forcément un rejet idéologique comme tu le réfutes d'ailleurs Thorba, c'est simplement que c'est une manière de ressentir l'attirance, ou par extension de concevoir l'arrangement dans le couple — lorsque l'on vit avec une personne polyamoureuse sans l'être soi-même — que l'on a ou que l'on a pas, c'est tout.
On peut ne pas encore avoir pris conscience de son polyamour, ce peut être en cours de réflexion comme tu l'évoques, ou bien fluide dans certains cas, quant à la décision des personnes non-concernées elle peut évoluer, mais il faut, dans tous les cas, que ça vienne totalement de soi.
Ce qui dans les faits peut être compliqué car selon si la situation dans laquelle on se trouve est saine ou non, on peut être incité·e à céder à ce que l'autre aimerait — dans le sens du polyamour comme dans l'autre.
Il faut bien comprendre ce que je dis [je préfère trop expliquer que pas assez, même si ça devient trop général par rapport au topic, vu les idées reçues sur le polyamour] :
Ce n'est en aucun cas le polyamour qui est potentiellement toxique — ne serait-ce que "parfois" —, mais bien la situation à un instant T. Le polyamour, c'est être dans une relation comptant plus de deux personnes, ou le souhaiter ; par contre, la façon dont c'est fait, les personnes et leurs motivations, ne sont plus du registre du polyamour mais de l'éthique personnelle [dans le sens où les gens n'agissent pas forcément selon ce qui est objectivement éthique]. Exactement comme dans le monoamour, qu'il serait tout autant absurde d'associer, dans ce qui le définit stritctement, à des relations saines ou malsaines.
De plus, je parle bien de "céder à ce que l'autre aimerait — dans le sens du polyamour comme dans l'autre" = renoncer au polyamour à contre-cœur. Ce qui place donc les relations polyamoureuses (et non le polyamour) sur le même pied d'égalité que les relations monoamoureuses (et non le monoamour), en termes de possible limitation de l'épanouissement personnel.
Ce qui me ramène au sujet présent.
Renoncer à soi-même est à proscrire coûte que coûte.
Par contre, ça veut dire qu'il faut accepter de renoncer aux relations où ça ne matche pas. Ce qui est source de déception, tristesse, etc., et c'est normal ; mais c'est ça ou s'oublier.
Et contrairement à ce qu'on peut nous avoir mis en tête : la relation de couple (ou trouple ou +), c'est un bonus dans la vie, pas une nécessité, et l'autre (ou les autres) n'est pas notre moitié (ouais bon je vais m'arrêter là avec les parenthèses on a compris surtout que là on va rentrer dans les fractions et je suis nulle en maths

Et oui, il est possible d'être complètement soi-même et en couple, et même il est crucial de le revendiquer ; les possibilités de matching sont certes réduites, mais penser qu'elles le sont à outrance serait fort réducteur pour notre espèce, capable de former toutes sortes de combinaisons. Et sinon, être soi-même et célibataire.

Au diable le chantage à l'égoïsme lorsqu'il s'agit de sacrifier ses souhaits de vie, son caractète, son identité... Les compromis, c'est bon pour choisir un repas ou un film (et encore il ne faut pas en abuser).
Sinon, certaines personnes sont aromantiques. D'autres choisissent le célibat pour diverses raisons. D'autres sont juste à l'aise comme ça... oui parce que c'est possible, sisi !
J'en ai parlé justement hier sur le topic dédié au polyamour :
C'était plus sous un angle normatif général, mais ça rejoint les problématiques individuelles. [Précision : la "souffrance" fait référence à la dépendance affective ou autres états d'esprit nuisant à soi et au relationnel, pas aux états provoqués par les péripéties amoureuses qui sont encore autre chose. On aura beau avoir une vision des relations la plus saine possible, on va quand même ressentir des émotions plus ou moins douloureuses lors par exemple d'une rupture (on ne peut qu'accepter ces émotions si on veut avancer).]Deoxys a écrit : ↑vendredi 28 mars 2025 à 14:33[...]
Ne laissons pas la société nous faire croire que nous sommes en échec en tant que célibataires, alors que c'est notre manière d'exister à la base ! Nous existons individuellement et sommes des personnes complètes à la base.
Il y aurait tout de même la nuance suivante : nous sommes des animaux sociaux et donc notre existence ne peut être — sainement — exclusivement solitaire. Il y a bien donc une certaine interdépendance humaine. Par contre, rien qui rende obligatoire le couple (ou trouple ou plus), encore moins les attentes sociales romantiques (dans cette vidéo une Instagrameuse explique qu'elles débutent dès la maternelle).
Je sais par contre qu'il existe une souffrance autour de cela.
Certes, cette souffrance repose sur un non-problème... sauf que le problème a tout de même été créé, la souffrance est donc bien là et le mal, fait... Mais il n'est jamais trop tard pour inverser la tendance.
[...]
Cependant, je me rends compte que j'ai été un peu vite en ne parlant que d'UNE souffrance comme si c'était uniforme pour toutes les personnes concernées, tout en n'associant cette souffrance qu'au seul conditionnement sociétal — bel et bien prégnant ceci dit —, sans considérer les autres éventuels facteurs pouvant participer à rendre certaines personnes plus vulnérables encore, comme le vécu, les situations d'emprise, les éventuels troubles. L'autisme par exemple, avec l'alexithymie, mais aussi les difficultés dans la compréhension des relations et des échanges (donc dans la représentation claire de ce que l'autre attend ; au mieux le terrain est sain et on met en place avec l'autre un système de communication claire, au pire l'autre en tire profit). Je me demande si le répétitif/restreint ne pourrait pas aussi poser des challenges : les routines perturbées par la relation, mais aussi la relation en tant que routine ou manque de routine, imprévisibilité non plus communicative mais "dans le déroulement", pouvant induire une dépendance affective... Ça reste une supposition mais ce qui est sûr, c'est que ça dépendrait de chaque cas et même de chaque contexte temporel (l'autisme est constant mais le niveau de saturation lui peut varier énormément).
En l'occurrence [je ne dis pas ça spécifiquement par rapport à l'autisme je le précise], tu sembles avoir un rapport à toi-même particulièrement fragile.
Tu dis avoir "un besoin viscéral d'être sécurisé, rassuré, réconforté en permanence", et que c'est insoutenable pour vous deux : peut-être la source de ce comportement est-elle, pour toi, tout aussi insoutenable que le comportement lui-même (si ce n'est plus) ?
C'est comme si tu vivais sans une partie de toi, ou en étant toi mais en même temps personne [de légitime].
D'un côté, je trouve que je vais trop loin.
Mais d'un autre côté, je n'en suis pas si sûre — je ne peux cependant pas avoir le dernier mot sur ta personne et en cela n'hésite surtout pas à me dire si je fais erreur dans mon interprétation.
Car tu parles bien de ta crainte que "tout s'arrête" et que tu t'"écroules" sans votre relation (ou sans relation de couple, au sens plus général, si j'ai bien compris ?). Donc a priori, toi tout seul, c'est comme si c'était synonyme de "plus rien" ou de "plus rien de bon".
Tu parles aussi de sens donné à ta vie, d'être sauvé par l'amour romantique... Or, on donne du sens à ce qui n'en a pas... bon, rien de si alarmant, si on considère que d'un point de vue philosophique, en effet, la vie ne peut avoir de sens... En revanche, si on replace dans ton message, ça fait beaucoup plus "ma vie n'a pas de sens [sans X]", ce qui n'est pas du tout pareil. Et puis alors, "sauver"... on sauve ce qui est en danger, ou bien condamné sans une intervention fortuite, ou bien encore ça peut vouloir dire "améliorer quelque chose de médiocre", "récupérer comme on le peut"...
Tu dis t'être construit sur cette idée fausse et dangereuse (tu en as conscience et c'est une très bonne chose) de l'amour [romantique] sauveur et qui dure toujours. Et c'est comme si pour toi, construction (de toi) et vision faussée de l'amour ne pouvaient être séparées ; comme si tout ce qui sortait de ce cadre n'avait plus de validité, toi avec.
Comme si, en pensant aux souvenirs et aux accomplissements communs avant rupture (hypothétique), tu n'y voyais pas un accomplissement t'appartenant à toi tout autant qu'à l'autre. Comme si sans la "relation pour toujours", tout ce qui avait été vrai jusqu'alors pour toi, s'effaçait...
Ce doit être très dur de vivre ça...
Je pense qu'au-delà de la croyance en l'amour romantique qui dure toujours, qui viendra te sauver, qui peut cesser (et tout faire cesser) à tout moment et faire très mal, il y a aussi une conception de la relation amoureuse où finalement, les individualités sont mises au second plan dans un couple qui ne doit former qu'un, quitte à enquiller un peu n'importe comment. (Quoique, même "enquillées" harmonieusement, deux personnes sont toujours deux personnes, distinctes.)
Sauf que là dans ce que je crois déceler, c'est comme si ton individualité à toi n'avait pas spécialement d'existence valide, et n'était définie et nourrie qu'au travers de cette relation de couple. Relation au sein de laquelle tu ne peux même pas être toi-même au bout du compte...
J'ai l'impression qu'on est dans la vision du couple non pas comme bonus mais comme nécessité (plus ou moins impérieuse selon les gens), où au lieu de se rendre à l'évidence qu'il y a des différences inconciliables et une légitimité à être soi-même même si ça veut dire arrêter la relation ou s'en abstenir, on renonce à être pleinement soi-même.
Ici ce serait soit elle qui renoncerait au polyamour pour toi (à moins qu'elle ne se rende compte, d'elle-même, qu'elle n'est finalement pas polyamoureuse vu que tu dis bien que ce n'est pas figé), soit toi qui renoncerais à ton désir d'une relation monogame pour elle.
Je ne parle pas d'exigences concrètes (dans ce que tu dis il ne me semble pas que vous pensiez que vous vous devez des choses), plutôt d'attentes basées sur une construction mentale, d'un modèle un peu vague de "c'est quoi la vie de couple". C'est pour ça que j'ai élargi de nouveau à quelque chose de plus général.
Dans le cas présent, j'ai bien l'impression que la vie de couple c'est visiblement s'oublier, sacrifier son épanouissement personnel, plutôt que d'accepter l'option de ne pas/plus être en couple. Alors que la vie de couple, c'est aussi ça.
Je comprends que ce soit une dure réalité à accepter, que l'on puisse être dans une situation où ça nous semble impossible, mais en fait, renoncer à courir après ce dont on pense avoir besoin chez autrui pour se construire, c'est impératif, si on veut pouvoir se construire véritablement et ne pas passer à côté de soi-même.
Car sinon, ça n'est pas une véritable construction de soi, c'est une restriction de soi. Ce passage est assez parlant je trouve :
Moi ça me fait beaucoup de peine d'imaginer qu'on n'ose pas poser une question à l'une des personnes — supposément — les plus fiables qu'on connaisse, et en plus une question concernant le rapport profond entre les deux partenaires et exprimant une profonde détresse de l'un d'elleux...J'ai besoin d'exclusivité affective, d'une forme de fusion, de stabilité. Et je ressens en même temps une pression énorme à devoir m'ouvrir pour ne pas la perdre. [...] Mais je n'ai jamais osé poser la question clairement : "est-ce que tu respecteras mon rythme si je ne m'ouvre jamais ?"
Enfin...
Bon courage en tout cas et ne t'oublie pas.

Une dernière chose : ça peut ne pas matcher amoureusement mais continuer de matcher amicalement !
Tu dis qu'une rupture reviendrait à la "perdre", mais en fait, tu ne "perdrais" que la relation de couple avec elle (bien qu'objectivement non vu le caractère bonus).
L'intérêt véritable chez une personne, c'est qui elle est, pas CE QU'elle est (vis-à-vis de nous).
Diagnostiquée hyperactive (TDAH mixte), autiste et anxieuse