Quand on est dans ses intérêts restreints, il peut arriver d'oublier tout le reste : le temps, de manger, d'aller dormir, de se laver, etc.
Bon, à cinq ans, ce n'est pas la même chose qu'à quinze ans, qu'à trente-cinq ans, qu'à soixante-cinq ans.
Concernant la perception du temps, ça varie d'une personne autiste à l'autre. Il m'est déjà arrivé d'organiser des sorties touristique. Le soir, nous discutions sur la terrasse du restaurant, pas proche de la gare. Nous devions encore prendre le train du retour. Parfois, j'avais l'impression que, si je ne rappelais pas que l'heure du dernier bus approchait, personne d'autre allait le rappeler. [M'est envie de tester ça une fois en été.

] À côté, il y a des autistes plutôt organisés et planificateurs (et qui mesurent la durée de leurs activités, par exemple pour me déplacer de l'entrée de mon appartement au quai pour prendre le train), face aux autistes plutôt "on verra sur le moment".
Bon, pour ma part, j'étais dans ma bulle jusque vers l'âge de treize ans. C'est seulement là que j'ai commencé tout doucement à sortir de ma bulle, à m'intéresser à l'extérieur.

[Bon, parfois, occasionnellement, à fin primaire.] Quand j'étais dans ma bulle, je ne faisais que ce qui m'intéressait (certaines années primaires, on laissa tomber certaines branches avec moi

pendant que j'excellais dans d'autres (mathématique, orthographe, grammaire)). Dans la cour, la plupart du temps, je restais seul et observais les autres personnes (ou rêvassais).
Aussi, je parlais parfois à la troisième personne du singulier, et peu. "freeshost doit faire le silencieux"

Bon, à cinq ans, j'ai très peu de souvenirs, je parlais très peu.
En soi, mes intérêts restreints ne me nuisent pas. C'est parfois le fait d'oublier le reste qui peut porter à conséquence.

Regarder des horaires de bus et les apprendre par cœur, c'est fascinant, tout comme imaginer des réseaux routiers et créer des horaires de bus.

Par contre, ça ne me nuit pas dans le sens où j'étais quand même prudent (rester sur le trottoir, faire attention à ne pas rêvasser puis marcher sur la route), sauf quand je me promenais tout seul (à moins de six ans), partant de la maison et laissant ma mère envahie par l'inquiétude. J'étais déjà un touriste à cet âge.

Bon, regarder les horaires, imaginer comment les améliorer, en créer, je le faisais tout seul. D'ailleurs, en général, je suis plutôt autodidacte. Je fais appel à des professionnels ou des personnes qui s'y connaissent de temps à autres pour contrôler si c'est correct, voir ce qu'il faut corriger.
Peut-être qu'il aime les câlins.

Mais pas par surprise. Il y a pas mal de personnes autistes qui préfèrent qu'on leur annonce les choses avant (surtout si ce sont des actions sensorielles : toucher, odeurs, bruit/musique, lumière, etc.). Par exemple, avant de parler à une personne, j'entre dans son champ de vision, je lui explique et propose (elle a le droit de refuser). Le truc, c'est que si une personne est touchée par une autre dont elle ne connaît pas l'identité, elle peut ne pas être à l'aise, avoir confiance. En général, pas mal de personnes autistes préfèrent les pressions fortes (d'où les câlins forts, les couvertures lestées, les vestes lestées, les machines à câlins (de Temple Grandin par exemple), etc.). Il y en a aussi d'autres qui n'aiment pas du tout se faire toucher, et en tout cas pas de manière inattendue.
Dans mes intérêts restreints, ma pensée arborescente est stimulée, curieuse, mon esprit a autant faim que l'estomac d'Obélix.

Les horaires ? Ben, déjà petit, je trouvais plus économique quarante personnes dans un bus plutôt que quarante personnes dans quarante voitures. Il y a avait déjà une goutte de pensée écologiste.

Organiser des horaires me semblait aussi utile, pour transporter les élève entre les écoles et les maisons (dans mes réseaux, il y avait beaucoup d'arrêts de bus, pour inciter les gens à prendre le bus plutôt que la voiture, mais aussi pour ne pas trop marcher [paresse oblige]), mais aussi ces points névralgiques que sont les gares et autres arrêts communs à plusieurs lignes de bus.
Actuellement, une bonne part de mes intérêts spécifiques sont consolidés par une certaine utilité : comprendre le monde, comprendre comment m'adapter, comprendre les problématiques sociétales. Bon, quand j'étais jeune, c'était moins par utilité que par passion (on ne se demande pas à quoi ça sert). Bon, quand on est enfant, c'est un peu comme une impulsion non contrôlée. Autiste ou non, quand on a cinq ans, on est encore loin d'avoir le contrôle de soi-même.
Bon, il faut préciser que je suis né en 1984. Quand j'avais cinq ans, l'autisme était encore beaucoup plus méconnu que maintenant. Je n'ai été diagnostiqué qu'en 2014. Avant 2013, mes parents comme moi ne connaissions quasi rien de l'autisme.
Actuellement, et connaissant l'autisme et moi-même mieux, je suis plus organisé dans mon agenda.
Après, il faut rappeler que l'autisme ne disparaît pas à l'âge adulte comme par pensée magique.
Il est vrai qu'il y a pas mal de personnes autistes (mais aussi non autistes

) qui préfèrent faire les choses à leur manière, donc qui seront plus enclines à les faire en solo.
Il y a aussi la surfatigabilité : beaucoup de processus (notamment dans le traitement de l'information et la communication) ne sont pas automatiques chez les personnes autistes, d'où le fait qu'elles soient plus vite fatiguées (par les interactions sociales, par leurs hypersensorialités, par leurs nombreuses questions qu'elles se posent, etc. ; bref : encore plus d'efforts invisibles). Il ne faut donc pas exiger la même chose des personnes autistes que des personnes non autistes.
Ostie ! Je réponds et le temps passe. Il faut que je mette mes chaussures et ma veste, puis prenne mon sac.
