Bonjour,
Moi je ne suis pas maman d'enfant autiste mais je suis enseignante... et autiste. Je peux donc te donner un autre point de vue.
En tant qu'enfant autiste, je me souviens que chaque année, chaque changement d'enseignant était difficile (mais je n'étais pas diagnostiquée donc je n'avais le droit à aucune aide). Je détestais aussi qu'il y ait des nouveaux élèves dans la classe (je n'étais pas très fan du concept d'"autres élèves" tout court d'ailleurs

). Ce que j'aurai aimé savoir avant chaque rentrée :
- à quoi allait ressembler la classe et où j'allais m'asseoir. Moi j'aimais les enseignants qui attribuaient les places parce que ça m'évitait à devoir me "battre" pour une table à la rentrée (les bousculades du premier jour pour être à côté de machin ou truc). Ca m'évitait aussi de devoir "imposer" ma présence à l'élève qui avait été séparé de ses copains pour cause de groupe impair et qui se retrouvait à côté de la "fille bizarre". Ca m'évitait aussi d"avoir à me justifier de ne pas avoir de voisin : c'est la maîtresse qui a décidé. Point. Bref, ça ça me rassurait.
- Ne pas avoir à manger à la cantine. Ca ca a été possible toute ma scolarité et ça a sûrement contribué à me permettre de masquer mon TSA... manger avec les autres dans le bruit et surtout des aliments inconnus, ou non préparé comme j'en avais l'habitude c'était mon angoisse (trois jours de classe poney en CE2 et j'ai été rapatriée parce que je refusais de manger autre chose que du pain). Si j'avais du manger à la cantine pouvoir emmener ma gamelle aurait été un grand soulagement.
- Connaître les rituels de la classe et savoir ce qu'on allait me demander régulièrement pour être sûre de pouvoir y répondre. Par exemple, je me souviens que dès le CP on te demande de dire l'emploi de yes parents. Or ma mère fait un boulot un peu obscur et j'étais incapable de le nommer... résultat angoisse, panique. Alors que si j'avais su qu'on me le demanderait j'aurai pu préparer des réponses. Et savoir qu'à 11h par exemple on aurait un temps de lecture/math ou je ne sais quoi m'aurait aidé à me caler dans la journée.
- Et j'aurai aimé qu'on me dispense d'EPS, particulièrement des sports co'. En tant qu'enseignante aujourd'hui, je ne force jamais les élèves à participer aux activités sportives si ils ne sont pas à l'aise... je ne vois pas du tout le bénéfice qu'ils pourraient en retirer. Par contre, si l'Inspecteur passait par là, je me ferai reprendre.
- Dans la même veine, j'aurai eu besoin d'un refuge pendant la récréation. Rester dans la classe, dans la bibli, même le couloir aurait fait l'affaire... la récréation c'est vraiment l'enfer parce que les enseignants n'arrivent pas à avoir l'oeil partout et c'est un terrain de jeux idéal pour le harcèlement. Et quand tu n'as personne pour jouer tu te fais "étiqueter" "cible facile". Ce n'est pas toujours facile depuis le covid mais normalement il y a toujours des enseignants/AVS qui ne sont pas sur la récré. Ils sont en capacité de boire leur café en gardant un œil sur un élève qui bouquine ou dessine.
Après ta fille me semble grande, elle doit pouvoir savoir ce dont elle a besoin et ce qu'elle aimerait savoir sur sa nouvelle classe.
En tant qu'enseignante, voici mon ressenti.
- J'aimerai avoir le maximum d'informations sur l'enfant, même si j'aimerai aussi que les parents se souviennent que je dois gérer 27 enfants avec tous leurs particularités, donc oui il peut m'arriver d'oublier que je ne dois pas faire faire ci à X ou dire cela à Y. Ou que Z a besoin que son travail soit encodé dyslexie et W a besoin de ciseaux spéciaux.
- J'aimerai que l'enfant comprenne qu'il ne faut pas hésiter à me demander, et redemander les choses parce que je n'ai qu'un cerveau déjà en surcharge cognitive. Que je suis là pour lui faciliter la vie même si oui y a des jours sans où je le fais sûrement en grognant ( je ne grogne pas contre mes élèves mais disons que c'est un ras le bol généralisé qui me rend pas très accessible

)
- J'aimerai que les parents comprennent la chose suivante : je vais faire de mon mieux, mais je ne suis pas infaillible. ET je n'ai pas la main sur tout. Il m'arrive d'être fatiguée, énervée et non disponible. Ce qui m'agace le plus je crois ce sont les parents qui estiment que je ne fais aucun effort parce que je ne fais pas les choses exactement comme ils le veulent... Problème : j'ai vingt-sept élèves et peu de moyens, donc même si je comprends le bien fondé de la demande, je suis souvent coincée. Par exemple, j'ai eu un parent qui me demandait à ce que je travaille en "relation duel" avec son enfant TDA ; je me suis faite incendier parce que je lui ai dit que ce ne serait pas possible.
Un rendez-vous avant la rentrée, pour moi c'est pas un problème mais tout dépendra du collègue. Pour certains les vacances sont sacrées donc ils peuvent mal prendre la demande. Il y a un jour de pré-rentrée (ou deux selon les établissements) le 1er septembre. Peut-être à ce moment là ? Sinon, attendre la première semaine de rentrée.. Ca a aussi l'avantage pour l'enseignant d'avoir un peu observé l'enfant , sa classe et de savoir comment il va s'organiser (et si il est nouveau dans l'école c'est aussi pour lui plus facile de répondre aux questions si on lui laisse le temps de s'installer). Mon conseil c'est surtout de ne pas y aller en essayant "d'imposer" les choses, "il faudra faire ça, ça, ça et comme ci" parce que ça peut braquer l'enseignant (et oui c'est un NT le plus souvent, donc très susceptible si il a l'impression qu'on lui dit comment faire son boulot

) Essayer de lui montrer que ces aménagements sont utiles pour lui aussi, que ça lui évitera de gérer un élève à bout, en crise... et le laisser expliquer ce qui ne sera pas possible et pourquoi. C'est plus facile après de trouver des solutions ensemble.
Je veux savoir comment je m'y prendrais, moi aussi, pour être heureuse. Vous dites que cest si beau, la vie. Je veux savoir comment je m'y prendrai pour vivre." Anhouil
TSA depuis octobre 2019 - QI hétérogène