J'imagine qu'en parlant "après le lycée", on voulait dire "études supérieures".
Je vois que ce topic a été remonté donc je me lance :
J'ai eu une scolarité quasi parfaite sur le plan des apprentissages jusqu'au bac.
En réalité, j'avais déjà des soucis pour commencer une tâche, des soucis de lenteur, d'organisation et de planification mais je crois que j'ai pu compenser pas mal de temps mais quand les difficultés ressortaient, c'était très flagrant.
On me disait toujours que j'avais presque tout pour très bien réussir mais qu'on avait l'impression qu'il me manquait un truc pour que le résultat soit à la hauteur de ce que je peux complètement fournir mais on ne savait pas quoi.
A coté de ça, toujours eu ma super mémoire sur laquelle j'ai pu me reposer très longtemps, ce qui fait que je n'avais pas besoin d'en fournir énormément sur les taches qui demandaient de la réflexion et du raisonnement quand la mémoire pouvait compenser. Ensuite, ça a été autre chose...
Autrement, j'étais un moteur, surtout pendant mes 2 dernières années de lycée, en 1ère et Terminale où c'est moi qui tirais ma classe vers le haut.
J'étais très appréciée auprès des profs pour mon sérieux, ma bonne volonté, mon implication et ma motivation. Toujours été vue un peu comme la petite protégée des profs.
Donc... J'obtiens mon bac avec mention en 2017...
À l'époque, je visais très haut, j'avais de gros projets d'excellence.
Après le bac, je pars à environ 700km de chez moi et je fonce tête baissée dans une formation qui n'existe pas dans ma région.
C'est pas très fréquent que des gens aient le courage de partir à tout juste la majorité, juste après le bac, chez nous. Généralement, quand les gens partent pour les études, ils ne s'aventurent pas trop loin et restent dans le Sud de la France. Moi j'ai été bien plus haut, j'ai fait fort.
Faut dire qu'on est un peu au milieu de la mer et qu'un trajet en avion ou un bateau nous sépare du "continent", comme on dit chez nous.
Ma Terminale, c'était la plus belle année de ma vie, celle où j'ai découvert la sociabilité à mort et où j'avais enfin l'impression d'avoir une vie stable... J'avais pas envie que ça se termine, vraiment pas.
Bref, perso en arrivant sur mon nouveau lieu d'études, ça a été la désillusion totale : Dès le premier jour, j'avais envie de rentrer. Ça faisait déjà quelques mois que je ne voulais plus partir mais je m'étais engagée, alors j'ai tenté.
J'ai été juste accompagnée par un parent pour mon installation, aidée par des connaissances de la famille vivant dans la région en question pour emménager en résidence étudiante et faire mes premières courses...
Et puis ensuite : La solitude.
Livrée à moi-même totale. J'arrivais à être autonome hein... J'y arrivais mais au prix d'énormes efforts et d'énormément de temps perdu qui aurait été bénéfique ailleurs :
J'arrivais à prendre les bus de ville, j'allais faire mes courses (même si au début j'avais des soucis avec la gestion de l'argent), je faisais mes lessives à la laverie de la résidence, je vivais en T1 donc j'entretenais l'appart' en ce qui concerne le nettoyage et le rangement, je cuisinais, je faisais ma vaisselle, je faisais le ménage... Et je gérais super mal les imprévus en public où je me sentais humiliée de devoir demander quand j'étais dans la merde et que je ne savais pas me débrouiller.
Tout me prenait un temps interminable et me bouffait une grosse quantité d'énergie.
Et à côté, je devais gérer les cours. J'avais pas du tout la tête dedans, j'étais pas disponible du tout mentalement pour ça alors que pourtant, je visais l'excellence.
J'étais pas bien, j'arrivais pas du tout à m'adapter, je me sentais pas chez moi, j'avais l'impression que tout était flou autour, j'arrivais à tisser aucun lien avec personne, je m'entendais pas du tout avec l'équipe pédagogique et j'ai très vite terminé en état de burn-out :
J'ai pas du tout réussi à gérer la transition lycée/sup, je faisais une formation qui restait exigeante et demandait une certaine assiduité, je devais déjà, à l'époque, composer avec mes soucis de santé, justifier littéralement tout.
J'ai fini par en arriver à un stade où les tâches qui concernaient l'entretien du logement empiétaient rapidement sur mon travail, sans parler d'une énorme pression, sous prétexte que j'étais soit disant dans un des meilleurs établissements de France.
J'oubliais de manger, je finissais par m'écrouler de fatigue à 3h ou 4h du matin sur mon bureau, en dormant sur un travail à peine commencé qui allait être fliqué en amphi quelques heures plus tard par les profs alors que je l'avais commencé en rentrant à 18h.
Ensuite, sont arrivés les soucis d'ordre administratif quand j'ai du en arriver à interrompre la formation pour pouvoir rentrer chez moi...
J'avais 18 ans et j'avais pas du tout conscience de tout ce qu'impliquait le fait de partir faire des études loin de chez soi.
Quand j'ai commencé à avoir des soucis administratifs que je ne pouvais plus gérer seule, j'ai violemment sombré et eu pas mal d'idées noires. Je me faisais jeter par téléphone, sous prétexte que "C'est ta merde, tu l'as choisi, tu te débrouilles, je ne t'aiderai pas". Quand je sais qu'il y a des parents qui sont prêts à faire le déplacement pour leur enfant...
Bref, voilà voilà. Ça s'est très mal passé pour moi pour une première année d'études sup' à l'époque mais ça reste une expérience supplémentaire.
C'est d'ailleurs en partie cette expérience là qui a déclenché toutes les démarches suivantes liées aux divers diagnostics que j'ai reçus. Avec du recul, je ne sais pas si ça aurait changé quelque chose si j'avais été diagnostiquée plus tôt.
J'ai foncé tête baissée, dans le flou total, dans un truc où personne d'autre n'avait osé s'aventurer, sans avoir connaissance de tout ce que je portais en terme de troubles, sans même avoir su que ça pouvait m'handicaper au quotidien...
Le souci, c'est qu'encore aujourd'hui, j'ai ce souci de planification des taches, d'organisation, de réussir à travailler dans mes études et ça ne s'est pas spécialement arrangé de fou depuis tout ça même s'il y a eu du mieux. Et je ne trouve personne qui pourrait m'aider pour éviter de sombrer.
Les aménagements offerts par le pôle handicap de la fac, c'est bien pour maintenir le tout mais je sais que personne ne pourra m'aider en ce qui concerne le travail personnel et c'est le plus dur à encaisser.
TSA sans déficience intellectuelle et sans altération du langage + trouble anxiodépressif associé - CRA régional (2021)
Ce n'est qu'en essayant continuellement que l'on finit par réussir.
Plus ça rate, plus on a de chances que ça marche. ~ Les Shadoks