Autisme. Les réactions
24 février 2014 à 07h42
http://www.letelegramme.fr/bretagne/aut ... 049093.php
Publié dans nos colonnes vendredi, l'avis du psychanalyste Charles Melman sur le troisième plan autisme lancé par la ministre des Personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti, a entraîné plusieurs réactions d'élus, de professionnels de santé et d'associations proches des familles en Bretagne.
Autisme. Gwendal Rouillard monte au créneau
Voici la position de Gwendal Rouillard, député du Morbihan et membre de la commission Autisme à l’Assemblée nationale : « Je condamne avec fermeté les propos tenus par M. Charles Melman, psychanalyste, sur l’Autisme et les personnes autistes. Il est inacceptable de dire que le dernier plan Autisme n’est pas fondé sur des arguments scientifiques et médicaux. Il est inadmissible de tenir des propos aussi scandaleux sur les enfants autistes et leurs familles ».
Le plan autisme basé sur des « arguments probants »
Le troisième Plan autisme est basé sur les recommandations de bonnes pratiques professionnelles élaborées par la Haute Autorité de Santé et l’agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ANESM), que ce soit pour le diagnostic, l’accompagnement et les modes d’interventions ».
« Contrairement à ce qui est écrit dans l’interview, ces recommandations sont basées sur des arguments scientifiques et médicaux solides et probants. Pour leur élaboration, plus de 70 professionnels, scientifiques, associations ont été concertés et plus de 800 articles scientifiques internationaux et francophones ont été analysés. Mais parce que la conclusion de ces travaux a été, fort pertinemment, de ne pas recommander les méthodes employées par les psychanalystes, une partie de ces derniers a entamé une campagne de dénigrement contre ces recommandations, mettant en danger les personnes autistes et leurs familles ».
Les priorités du plan Autisme
« Face à ce type de propos scandaleux, il est alors de notre devoir de rappeler les priorités du 3è Plan autisme 2014-2019 porté avec courage par notre Ministre Marie-Arlette Carlotti : le diagnostic précoce dès 18 mois, la scolarisation des enfants autistes en milieu ordinaire, la formation des professionnels, le financement de la recherche, le soutien aux familles, la gouvernance dans les territoires notamment, par des Centres de Ressources Autisme (CRA) renouvelés, la réévaluation permanente du Plan et de sa mise en pratique ».
« Je veillerai, avec mes collègues du groupe Autisme de l'Assemblée nationale, à la mise en oeuvre concrète des recommandations de la HAS et de l'ANESM. Le temps est venu pour la France de tourner définitivement la page de l'approche psychanalytique et d'ouvrir celle des méthodes éducatives et comportementales ».
Autisme. L’avis de Daniel Théau, pédiatre retraité
L'article autisme "un plan catastrophique" publié dans votre édition du 21/02/2014 appelle une mise au point. M Charles Melman, psychanalyste, a le droit de penser ce qu'il veut, le droit de dire ce qu'il veut mais vous avez le devoir, en tant qu'organe d'information d'équilibrer ses propos que vous publiez par des avis résolument différents. Si l'inspirateur de cet article, plutôt qu'un mâle âgé, avait été une femme en âge de procréer, donc à risque de mettre au monde un enfant atteint de trouble du spectre autistique, l'article aurait-il contenu tant d'affirmations ravageuses et inexactes?
Affirmer que "ni l'imagerie médicale ni la recherche génétique ne permettront de confirmer un supposé vice de forme originel" sans argumenter cette affirmation relève de la sorcellerie ou du délire mais pas d'une attitude scientifique responsable quand on a à disposition dans la presse médicale et scientifique internationale un grand nombre d'articles qui démontrent l'existence de composantes ou prédispositions génétiques et/ou de particularités en imagerie cérébrale fonctionnelle dans certaines formes d'autisme. Ecrire "il serait facile de demander au pédiatre de vérifier l'éveil, la motricité, le regard, le sourire, la communication avec l'entourage...", comme si les pédiatres et leurs confrères généralistes, ou au moins la plupart d'entre eux, n'essayaient pas d'ores et déjà et depuis plus de 10 ans, de faire ce très difficile travail de dépistage précoce. "...confier, quand il y a doute, ce bébé à des spécialistes qui sont souvent des psychanalystes. Lesquels sont susceptibles de traiter le bébé de 3 à 18 mois": je ne sais pas si M Melman a examiné beaucoup d'enfants de moins de 18 mois; je sais, en tant que praticien moyen (ou peut-être seulement médiocre), après avoir exercé le métier de pédiatre pendant 38 ans, que: d'une part, suspecter à tort, par excès, le diagnostic d'autisme est très destructeur pour la famille concernée, d'autre part, arriver à rassembler avant 9 à 12 mois assez de critères diagnostiques d'autisme pour l'annoncer à la famille et orienter l'enfant vers un praticien (ou de préférence une équipe) fiable et compétent est improbable et très difficile. "...une succession de travaux récents aux USA montre que l'approche comportementaliste qui vise à la rééducation tardive des fonctions de l'enfant ne marche pas": je n'ai pas fait de bibliographie exhaustive, mais les publications que j'ai lues relatent des essais, des expériences qui ont fait la preuve qu'elles apportaient une amélioration de la qualité de vie d'un nombre appréciable d'individus porteurs de caractéristiques du spectre de l'autisme et de leur famille. C'est, de façon modeste mais pragmatique, certaines de ces pratiques qui ont fait leurs preuves, que l'équipe de Madame Carlotti essaie d'aider à mettre en oeuvre; il aurait pu, à mon humble avis , y avoir pire catastrophe.
Durant toute ma carrière, je n'ai jamais vu d'autiste guéri ni par la psychanalyse ni par autre chose; j'ai vu un nombre non négligeable de patients porteurs de caractéristiques du spectre autistique améliorés dans leur qualité de vie et leur adaptation sociale (et alors leur famille très améliorée) consécutivement à la mise en oeuvre de techniques du type de celles que le plan de Mme Carlotti veut aider à promouvoir. Les autistes déficitaires, violents envers eux-mêmes et les autres, criant souvent, dormant rarement sont une charge énorme pour leur famille (et ce sont les mères beaucoup plus souvent que les pères qui assument avec un courage immense cette charge); la société et le corps médical sont plus fréquemment fuyants et minables que brillants pour leur apporter les aides dont elles ont un besoin évident. Quand j'étais étudiant, la Faculté enseignait que l'autisme était dû à la faute de la mère, je n'ai jamais vu d'enfant amélioré par le harcèlement accusateur des psychiatres professant ce genre de théorie et j'ai le souvenir de mères complètement démolies par leurs interventions et d'autres vaccinées à tout jamais contre le monde de la psychiatrie. J'osais espérer que cette idéologie perverse était définitivement rangée dans les archives des pratiques erronnées du passé, je vois avec effroi, en lisant cet article, que non ».
Autisme. L’avis du collectif Autisme Bretagne
Dans son interview publié dans le Télégramme, Monsieur MELMAN, psychanalyste patenté, reprend les poncifs développés au siècle dernier par les tenants des croyances psychanalytiques. L'autisme ne serait pas un trouble d'origine neurologique, mais serait dû à un mauvais rapport avec la mère. Que l'on ait pu exposer de telles contrevérités il y a 40 ou 50 ans, à l'époque où la neurologie n'avait pas fait les progrès qu'elle a connu depuis, grâce en particulier à l'évolution des techniques d'imagerie médicale, pouvait sinon s'expliquer, du moins s'excuser. Que l'on fasse semblant d'ignorer les études sur les jumeaux, les recherches génétiques n'est pas respectueux des personnes autistes et de leur famille. M. Melman préfère quant à lui essayer d’obtenir du Conseil d'Etat l’annulation des recommandations de la HAS et de l'ANESM de mars 2012 sur les prises en charges recommandées pour l'autisme. Il n'est plus supportable de lire aujourd'hui de telles inepties. Il n'y a d'ailleurs qu'en France qu'on les professe encore, pays qui vient, une fois de plus, d'être condamné par l'Europe pour la manière dont elle assure la scolarisation des enfants atteints d'autisme.
Nous posons la question de l’infraction à l’article 13 du code de déontologie médicale, qui est aussi l’article R.4127-13 du code de la santé publique (c’est à dire la loi), et qui dispose que : « Lorsque le médecin participe à une action d'information du public de caractère éducatif et sanitaire, quel qu'en soit le moyen de diffusion, il doit ne faire état que de données confirmées, faire preuve de prudence et avoir le souci des répercussions de ses propos auprès du public. La Prudence… Elle doit constituer une règle permanente, aussi bien sur le fond (données scientifiques confirmées par le milieu scientifique et non pas hypothèses, plus ou moins personnelles, sur lesquelles l'accent serait mis en soulignant un rôle individuel) que dans la forme. Il est essentiel de veiller avec un soin particulier et constant aux répercussions de ses propos auprès du public… Le médecin : "doit veiller à l'usage... de ses déclarations" (article 20) ce qui veut dire qu'il doit être prêt à s'en expliquer et à s'en justifier. »