propane42 a écrit : ↑samedi 31 juillet 2021 à 20:07
Je pense que le moteur derrière tout ca, j'en ai parlé à mon psy, c'est l'instinct de survie. Comme j'ai dit, je suis un animal et je me suis souvent senti pris au piège. L'instinct de survie est tout ce qui me restait quant j'étais enfant. Et à force de subir je suis devenu endurant, je ne lâche pas facilement. Comme un chien avec son os.
Comment mieux définir ce que je ressens aujourd'hui !
Avec un père souvent absent et une mère extrêmement dure voire carrément violente et qui voulait que je plie à toutes ces demandes , j'ai été quelque peu malmenée dans mon enfance ( au point de ne plus avoir aucun contact avec elle depuis de nombreuses années).. J'ai fait des années de psychothérapie pour m'en remettre , ( de ça et du reste) mais .. La lumière du diagnostic m'a permise de remettre les choses à leur place : non , je n'étais pas du tout capricieuse , non il n'était pas question de ne pas faire assez d'efforts , non je ne suis pas une sale égoïste qui ne pense qu'à elle, non je ne suis pas "débile" ( comme me le répétais si gentiment maman, années 70 hein , à l'époque les balancements et tocs divers ça passait mal )....
Ainsi , toute mon enfance , on m'a forcée à faire des choses et franchement , c'était violent et à vomir, je ne supporte pas les contacts physiques ( hors mes proches) : faire la bise au monsieur ou à la dame était une source de stress horrible , supporter les bruits d'un feu d'artifice était réellement traumatisant ( même si c'était beau et attirant) , comprendre ce qu'on me demandait était complexe , suivre des ordres totalement illogiques à mon sens était toujours un échec car je ne comprenais pas ce qu'il fallait faire , passer des nuits à lire des trucs sur l'Egypte ancienne était une source de plaisir si intense que je dormais 2 heures avant d'aller m'ennuyer à l'école certains jours et je ne comprenais pas quel état le problème et pourquoi je me faisais taper sur les doigts pour ça.. Ce monde n'avait aucune logique et j'ai mis plusieurs années avant de pouvoir m'intégrer. Je me suis donc récemment interrogée sur mon éducation à la dure .. Je pense avec le recul que oui, cela m'a permise d'avancer et de me fondre dans ce monde de la façon la plus discrète qui soit ( un peu trop hélas) .. J'ai pu vivre une vie à peu près normale mais le prix a été lourd: je suis à présent épuisée et les batteries ont bien du mal à recharger.. A force de me demander de faire disparaitre ce que j'étais , j'ai passé ma vie et mon énergie à me planquer et à prouver au monde que je pouvais réussir au lieu de m'accepter et vivre à mon rythme..
En revanche, en effet , je suis extrêmement endurante intellectuellement et d'une grande résilience, je n'ai aucune limite dans mes "essais-erreurs et je peux retenter à l'infini pour réussir à faire quelque chose.. Est-ce une bonne chose ? Je l'ignore, je découvre aussi à 50 ans qu'on a ses limites et qu'une fois que l'épuisement s'est installé, il est difficile de revenir en arrière ". J'aurai aimé qu'on m'apprenne aussi à me préserver de moi, des autres, à m'accorder un peu de bienveillance au lieu de me cravacher pour avancer ( ce que j'ai continué à faire toute seule bien conditionnée que j'étais) .
Si mon fils HPI est sorti d'affaire , ma fille, en revanche me ressemble beaucoup ( elle est HPI et en cours de diagnostic TSA) , cela m'a permise de "sentir" plus facilement ses besoins, ses ressentis et difficultés .. Je me suis calée sur son rythme et j'ai beaucoup parlé avec elle .. En intellectualisant les rapports humains, les difficultés , les craintes et les dangers de certaines situations, je n'ai jamais , finalement eu besoin de la forcer à quoique ce soit .." Ok tu ne veux pas faire la bise , je comprends que c'est désagréable voire insupportable, par contre , tu vas devoir t'intégrer dans ce monde complexe en respectant des limites que tu vas découvrir et te fixer toi même.. Alors tu vas être respectueuse des adultes et les saluer de façon à ce qu'il ne puissent pas penser que tu es mal élevée ( que peux-tu faire pour cela, voyons comment on peut contenter tout le monde?) , fait leur un grand sourire ( ok , pour le sourire , on va s'entraîner ensemble car là , tu es plutôt flippante) ... "
Pas à pas, j'ai tenté de lui apprendre ce que je savais , mes ruses et astuces , avec ses limites bien sûr .Elle a compris beaucoup de chose , j'ai de la chance elle est douée, et a calé ses besoins et ceux de son entourage .. Les ajustements sont permanents et elle évolue sans cesse, moi aussi . Elle se débrouille bien mieux que moi à son âge et c'est finalement elle qui, à présent que je suis fatiguée et que j'ai du mal à maîtriser mes ressentis à cause de ma fatigue généralisée, qui me file des coups de mains et qui m'aide certains jours..
Je ne la force jamais, mais je lui explique beaucoup les conséquences de ses actes en créant des projections de son environnement suite ses attitudes ( du moins ce que j'en sais) , faire des prévisions est fatiguant mais cela permet de prévoir pas mal de situation difficile et d'éviter pas mal de problèmes. Je lui demande de toujours tenter ( dans la mesure du possible), de s'accrocher et de réessayer jusqu'à ce qu'elle réussisse à passer les caps.. Il faut s'acharner et parfois très longtemps pour arriver à certaines choses. Il faut de la patience et accepter qu'on n'arrive pas au résultat immédiatement, ce n'est pas grave .. Il faut accepter aussi que certaines choses ne puissent pas être réalisées du tout ou plus tard avec les années et quelques astuces , accepter qu'on puisse compenser d'une façon ou d'une autre et parfois ne pas pouvoir faire certaines choses .. Dans ce "Taff" de maman, je me suis toujours accompagnée de professionnels ( psychologues et psychiatres) car il y a beaucoup de choses que je ne sais pas moi même ou que je ne saisis pas ( ça je le savais bien avant le diagnostic) , je lui conseille donc de poser la question au professionnel pour avoir un autre écho que le mien et de se caler en foncion de ce qu'elle pense être le mieux pour elle en fonction de ses désirs et ses capacités.. Il y a des ajustements permanents mais je trouve qu'elle s'en sort très bien avec les années et qu'elle a , aujourd'hui une vision bien plus adaptée que je ne pouvais l'avoir..
J'ai toujours dit à mes enfants qu'ils pouvaient exprimer leurs désaccords avec ma pensée mais qu'ils devaient m'expliquer pourquoi et que si leurs motivations était justifiées , je me rangerai à leurs avis. J'ai toujours compris qu'il ne s'agissait pas de "caprices" pour eux ( contrairement à ce que ma famille me disait) mais qu'ils exprimaient un vrai problème à leur façon, cela m'a aidée à m'améliorer en tant que mère..
Du coup .. Non, je ne crois pas qu'il faille forcer même s'il faut rester ferme et ne pas lâcher la personne, je pense qu'il faut simplement accompagner et expliquer en lui disant de ne jamais lâcher , en encourageant, en valorisant, en dédramatisant et en donnant toujours des espoirs de réussite .. Je crois qu'il faut être très présent et , en douceur, amener l'enfant ou la personne à s'accrocher ( une sorte de très doux tyran quoi

) donner confiance et accepter que chacun avance à son rythme et que ce rythme est irrégulier et propre à chacun ..C'est un travail de longue haleine mais c'est là que notre endurance va prouver son efficacité
