Malheureusement, je ne crois pas qu'elle ne fasse que "se la jouer", ou qu'elle ait simplement du temps à perdre sur Internet...
Elle est investie dans ses valeurs et celles-ci sont un bon exemple du chevauchement entre le racisme et le sexisme (elle a d'ailleurs été condamnée une première fois en 2021 — avant d'être relaxée —, puis condamnée à nouveau en 2022 à de la prison avec sursis et à verser un dédommagement pour des actions commises par le groupuscule Génération Identitaire aujourd'hui dissous, dont elle était la porte-parole).
Pour ce qui est de son utilisation d'Internet, elle semble savoir ce qu'elle fait et qui elle cible : elle est présente sur les réseaux sociaux et sur YouTube, où elle véhicule un anti-féminisme qui attire évidemment incels, mascus... Ce qui rapporte des sous...
Elle a aussi un site, où relations hommes-femmes
[seuls types de personnes et de relations existant c'est bien connu
] flirtent avec le Grand Remplacement, la lutte contre l'islamo-gauchisme, la volonté de
"faire dérailler le train du wokisme"...
Site qui semble beugué : je n'ai pas réussi à accéder à la page d'inscription directement. En revanche, j'ai pu y accéder par une recherche Google (c'est la page de "checkout mensuel"). Et qu'y voit-on ? L'inscription comporte un abonnement payant (pour la modique somme de 50 € le mois ou 500 € l'année), ainsi qu'une offre pour le livre
"Comment devenir un homme dominant (même si tu es “gentil”)" pour 10 € de plus alors que d'après elle, il en vaut 20, waouh ! Ah, et il est écrit en gras :
"ATTENTION : cette offre disparaît dès que vous fermez cette fenêtre"... c'est complètement faux, j'ai testé.

Il y a aussi possibilité de faire des dons.
Triste de voir cette femme politiquement investie et autonome financièrement/professionnellement, chier allègrement sur le féminisme, quand on sait que la participation politique féminine (droit de vote, éligibilité) découle justement des luttes féministes (première vague), ou encore l'indépendance bancaire/professionnelle (deuxième vague, loi de 1965... alors OK, "seulement" les femmes mariées étaient dépendantes de l'autorisation du mari... sauf que ça concernait du coup énormément de femmes voire la majorité, et que c'était avilissant pour les femmes en général puisqu'elles n'étaient pas considérées comme fondamentalement indépendantes).
Cela dit, elle n'est pas la seule dans ce paradoxe...
Aux USA (dont le mouvement
tradwife provient), on trouve des influenceuses qui s'affichent dans un mode de vie traditionnel. Elles sont donc, par définition, auto-entrepreneuses.
Mais, et c'est là que je rejoins l'idée que c'est un truc bourgeois : certaines figures populaires du mouvement sont en fait des femmes fortunées, qui se présentent dans un contexte idéalisé et/ou scénarisé (une affiche un quotidien agricole en faisant fi de sa richesse — sans laquelle son mode de vie serait moins ou pas viable —, une autre est une mannequin à la carrière fructueuse qui se filme toujours impeccablement apprêtée pour cuisiner des trucs improbables, ...).
C'est donc plus un fantasme qu'autre chose.
On peut retrouver dans les commentaires, des femmes (et des filles) dont le vœu le plus cher est d'être aussi des tradwives...
Liberté de choix, me direz-vous. Et fondamentalement, oui, bien sûr qu'une femme doit pouvoir choisir de vivre comme elle le souhaite.
Mais on ne saurait oublier la pression sociale, les normes genrées, religieuses, qui poussent les femmes à devenir des "tradwives", y compris les influenceuses
(une des plus connues est d'ailleurs mormone), ni l'influence que celles-ci ont sur leur audience, dont certaines très jeunes filles.
Les influenceuses glamourisent ce mode de vie... sauf que la vie de tradwife, la vraie, c'est : famille nombreuse à gérer, difficultés liées aux grossesses et accouchements
(sachant qu'il y a diverses pressions, comme par exemple d'accoucher sans péridurale, éventuellement à la maison, car sinon vous comprenez, l'expérience de cet évènement sacré et féminin par excellence n'est pas complète
), fatigue, ménage
(avec des trucs parfois immondes à nettoyer), linge, vaisselle, courses, etc. C'est souvent un mode de vie plus coûteux pour moins d'argent
(puisque seulement un parent travaille), à moins d'être de milieu aisé. Mais c'est surtout une absence d'autonomie, d'éducation et d'expérience professionnelle pour une femme qui se marie et fait des enfants dès son entrée dans la vie d'adulte... Je vous laisse donc imaginer ce qui se passe si elle se sépare du mari ou que celui-ci meurt, ou s'il abuse d'elle et qu'elle est retenue par le fait qu'elle est dépendante de lui...
Et ces mêmes jeunes filles se lancent là-dedans sans se rendre compte de ce que cela implique, sans avoir toutes les clés en main pour pouvoir faire un choix éclairé.
Ah, et aussi : beaucoup d'adeptes des mouvances anti-féministes considèrent que ne pas travailler permet à la femme de s'épanouir, là où une carrière dans le contexte moderne actuel l'en empêcherait apparemment... Euh... et parent au foyer, surtout en tant que tradwife
(tout parent au foyer n'en est pas forcément une) donc avec plusieurs gosses et un mari qui attend après son épouse docile, c'est pas du travail peut-être ?

Je m'en remets encore une fois à votre imagination, pour envisager combien ça coûterait de faire faire ça par des pros. C'est du travail à temps plein et sans limite d'heures supp'.