MrMétaphysique a écrit : ↑mercredi 3 avril 2024 à 2:57
Merci pour ton message.
Mais je t'en prie
De tous ces faits il résulte que le taux social des suicides ne s'explique que sociologiquement. C'est la constitution morale de la société qui fixe à chaque instant le contingent des morts volontaires. Il existe donc pour chaque peuple une force collective, d'une énergie déterminée, qui pousse les hommes à se tuer. Les mouvements que le patient accomplit et qui, au premier abord, paraissent n'exprimer que son tempérament personnel, sont, en réalité, la suite et le prolongement d'un état social qu'ils manifestent extérieurement.
Durkheim, Le suicide, livre III
WOW ! En gros ce que j'ai tenté d'exprimé par
"on pourrait dire avoir à faire à une sorte d'ennemi dissimulé qui nous abats en silence" s'intègre parfaitement dans cette pensée (thèse admise ?), c'est le genre de constatation qui me fait vraiment bizarre

, je ne comprends pas comment et surtout pourquoi j'arrive à poser des analyses qui se vérifient assez souvent dans les temps qui suivent (soit par la découverte, comme ici, que ça a déjà été avancé, soit car les mentalités/études progressent et en arrivent aux mêmes conclusions que j'ai eu parfois des années plus tôt). Je n'ai jamais acquis les connaissances nécessaires, je n'ai pas de méthode (autre qu'une sorte d'introspection, un plongeon dans des réflexions vertigineuses, à me sentir mal parfois). Culturellement, je n'ai aucune spécialité, je touche à tout, je butine à l'envie et jamais complètement, lassitude (peut-être le paradoxe du TSA vs TDAH).
grâce à sa vérité crue enrobée dans une langue académique, neutralisante, sans pathos.
Oui, vraiment, c'est une qualité que j'ai du mal à produire, je suis souvent trop emphatique.
J’angoisse à l’idée de déménager parce que je le perdrais.
C'est complètement compréhensible, c'est à mon avis la peur de l'inconnue, j'y suis aussi confronté. D'ailleurs nous sommes loin d'être les seuls. C'est par exemple tout ce qui me bloque en ce moment pour aller vers quelque chose d'autre, pourtant potentiellement meilleure puisque j'ai l'impression que rien ne peut-être pire que là, maintenant, même pas la mort à certains moments. Le statu quo est un terrain connu et donc rassurant, mais inacceptable quand on le sait être la principale source de nos indispositions. Il faudrait s'en tenir à ce constat et pouvoir se dire en toute lucidité que c'est une évidence qu'il faut "bouger". Seulement il nous paralyse aussi, donc nous y sommes piégés.
Je ne sais pas si ce problème de perception est causé par le TSA, ou autre chose. Il semble incompréhensible d’être suicidaire sans faire de tentatives, sans souffrir d’addictions, mais de vivre dans ses habitudes, ses intérêts, en un mot dans son coin en faisant le maximum pour rester la tête hors de l’eau (bien manger, essayer de bien dormir, éviter ce qui est dangereux, se lever tous les jours même si on n’a plus aucune raison de le faire).
Voir si il n'y a pas là quelque chose du même ordre que dans ma réflexion juste ci-dessus. Une plante ne poussera jamais, même avec l'apport de tout les ingrédients qui lui sont vitaux, si elle est enfermée à la cave.
J’ai peur d’un jour n’avoir plus d’autre choix que de me suicider à cause du déni de la société.
Arf... c'est dure et là je ne sais pas trop quoi te répondre... certains te diront que tu es dans ton propre déni et qu'il n'appartient qu'à toi de changer les choses... ceux-là méritent de se prendre des baffes, au moins de la taille de celles que nous essuyons quand nous cherchons éperdument à nous en sortir et que, je te cite : "par toutes sortes de petits bâtons dans les roues" nous empêche d'arriver ne serait-ce qu'à le concevoir. J'en reviens alors au fait que nous sommes comme piégés.
Je souffre d’une anxiété proprement délirante.
C'est une autodétermination ? Car à la lecture de ce que tu as décrit ensuite, qui me parait résonner juste, notamment compte-tenu de ton profil TSA/TDAH,
la conscience que tu as de toi vient, selon moi, contredire la notion de délire.
Depuis le diagnostic, je prends la mesure de mon handicap, bien plus étendu et profond que ce que je croyais.
C'est un fait partagé par énormément de profils ici et ailleurs, à commencer par moi.
J’ai du mal à percevoir mon avenir.
Encore une fois il me semble qu'on en revient à la peur de cette inconnue dont on ne semble pas pouvoir attraper les rênes (fussent-elles à portée ou non)
J’existe encore parce que ma mère me soutient. Si elle meurt, je tiendrai comment ?
La même question se pose pour moi, mais par rapport à mon épouse qui a pris le relais de ma mère qui elle ne peut plus rien pour moi (elle n'est pas morte, mais c'est un constat évident, d'autant plus qu'elle est âgée et ne me reconnaît toujours pas comme un enfant différent de celui qu'elle croyait avoir depuis tout ce temps...)
Et honnêtement je ne sais pas quoi te/nous répondre. Depuis quelques temps j'aimerais aller quelque part tenter une expérience qui implique des prises de risques et un gros investissement pour le vivre en situation réelle (par juste "en visite"). Mon épouse ne semble pas avoir la conviction de me suivre, elle a peur de l'inconnue (et me demande des choses/garanties auxquelles je suis bien incapable de répondre, ne le sachant pas moi-même) car il pourrait s'y reproduire des choses déjà mal vécues. Je me fais la réflexion forcée que je devrais avoir confiance en moi et "y aller seul", pour me le prouver et lui prouver quelque chose (réussite ou échec), mais à chaque fois que je l'exerce (mentalement) je ressens une sorte d'illumination (Ah mais oui, je pourrais !) qui est suivie dans les heures par une attaque de panique (Non, car si et si et ça, et seul, pas d'assurance, AAAAHHH!), comme si je m'emportais trop haut et restait paralysé par le vertige (peur du vide au sens figuré ?).
Même l’AAH, qui arrivera bien tardivement dans ma vie si elle m’ait accordé, ne permettra pas de garantir à long terme l’accès à un logement, à des vêtements, de la nourriture, des soins médicaux, jusqu’à la retraite et la mort.
Ca c'est certainement embêtant (aussi pour celui qui te parle ici et se sent impuissant pour toi). Cela dit, les moyens (matériels) ne font vraiment pas tout. J'ai personnellement une petite rente AI (Suisse) qui clairement ne me permet pas de ne serait-ce qu'exister dans mon pays, il y a des compensations qui peuvent venir s'y ajouter, mais ça restera misérable. Bref.
Par contre j'ai des réserves qui me permettraient d'envisager de quitter ce pays, à défaut d'y trouver et d'investir dans quelque chose sur place, car tout est trop cher ou ne rentre pas dans ce que je pense avoir déterminer comme bon/nécessaire pour moi (calme presque absolu, possibilité de se rapprocher des autres sans risque que ce soit eux qui m'envahissent par la terre, le ciel, etc, tout ça sur des aspects principalement auditifs, mais aussi visuels et olfactifs).
Pourtant, je reste bloqué, de part mes caractéristiques et des verrous qu'ils engendre. Il n'est pas non plus simple de s'extraire d'une zone administrative pour s'installer dans une autre, ce qui semble être des formalités pour certains sont des vraies gageurs pour moi, même découpées étape par étape, bout par bout, le risque d'être rattrapé par l'une ou l'autre à cause d'une lacune de ma part me décourage et m'effraie instantanément.
Etant bien conscient que la "thune" ne me sortirait pas toute seule de mon "trou noir", j'ai répété tout au long des procédures que j'avais besoin d'un coup de main, d'un élan, d'une "remise à zéro" de mon état. On ne m'a répondu que par : "Désolé, mais pour ça nous ne pouvons rien pour vous... nous comprenons bien vos besoins et que ce serait bien plus sensé (économiquement aussi) que de simplement vous caser là avec ça (TSA=incapacité=rente=>problème résolu), mais il n'existe rien de tel malheureusement". A vrai dire on m'avait pousser à y réfléchir, je l'ai bien conçu, je n'y ai pas trouvé de "parade", je peux le constater et dorénavant le déplorer.
J'ai une psychiatre, consciente de la problématique chez plusieurs de ces patient-e-s, qui se dit qu'elle doit tenter quelque chose mais sans trop savoir comment s'y prendre. Depuis peu elle nous a solliciter au travers de quelques questions sur ce qui serait pour nous un lien de repos/vacances adapté. Elle souhaiterait pouvoir établir une sorte de label "Autism Friendly" qui nous aiderait ainsi à trouver les bons plans dont nous pourrions profiter. Le hic c'est que ça restera privé, car passer par des voies officiels (cantonales en Suisse par exemple) prendrait assurément des décennies (selon elle, sûrement au vu des combats menés depuis déjà longtemps par des associations comme Autisme Suisse Romande), et qui dit privé dit financement personnel ou trouvé des soutiens privés.
En tout cas, comme je lui ai dit, ses efforts sont louables et font déjà du bien en soi. A suivre...
Je souffre d’une maladie étrange qui ne m’ôte pas entièrement l’espoir d’être autonome et me donne même l’apparence de pouvoir y prétendre, mais qui dans les faits, par toutes sortes de petits bâtons dans les roues, aboutit à l’inaptitude.
D'une maladie, de quoi parles-tu ?
Pour le reste, comme dit plus haut, rien à redire, c'est exactement ça et c'est justement très frustrant à mesure que l'on les énumère sans y trouver de solutions car bien trop souvent indépendant de nous et on ne peut se plier à tout sans finir par rompre entièrement.
Quand je vois mon petit frère et ma petite sœur construire leurs vies, j’ai honte de moi.
Moi c'est exactement l'inverse, car je ne les vois pas réussir leurs vies autrement qu'en détruisant petit à petit leur Monde d'inconscients. Ou alors ils ont transcendé une vérité sur la vie, et la condition humaine en particulier, qui m'échappe totalement.
Non vraiment, sans être imbu de moi-même, je suis vachement fier d'être ce que je suis et de penser comme je pense. Je déplore aussi simplement que tristement le fait que j'en sois réduit à ce que je ressens sans l'écho absolument nécessaire de la part des autres (ils reçoivent du bruit, en émettent, mais ne réfléchissent pas, donc ce n'est pas de l'écho ^^).
Je ne serai jamais normal, je ne pourrai jamais m’intégrer et le mieux qui puisse m’arriver, c’est de réussir à faire mon propre nid à l’écart des autres, à ma façon, sur mesure pour et par moi.
Le point qui m'intéressait le plus. Je ne vais pas te contredire, encore une fois ça me paraît se suffire.
Juste que être normal n'est pas un but, mais que de trouver ton nid est essentiel !
Par contre j'aurais une question : dans quel cadre de vie es-tu ? (type d'habitat, situation environnante : ville, village, hameaux, maison esseulée, ...) Anonymement bien sûr, je ne veux pas savoir où tu habites, c'est surtout pour comprendre voire simplement confirmer le lien entre bonheur/malheur et l'endroit de vie pour nous.
Moi j'habite une petite résidence (assez vétuste et qui penche, 3%) transformée en 3 logements, au bord d'une rivière/canal navigable, en marge d'une petite ville (grande pour la Suisse ^^) où trains, voitures, bateaux et avions (de ligne, de tourisme et de saut en parachute voire acrobatie) se croisent et s'entrecroisent incessamment en se faisant voir et entendre, voire sentir. Beaucoup de mobilité douce aussi, donc beaucoup de mouvements visibles tout autour, des bruits aussi (cris, etc). Autour de cette zone urbaines l'ont retombe très vite sur les zones habitées des villages et petites villes environnantes, peu d'espace intermédiaires qui de plus sont exploitées pour l'agriculture ou envahies par les habitants durant leurs loisirs (plus ou moins impactants, de la simple marche à la virée à moto vociférante ^^).
En clair, que je n'arrive pas à m'en sortir là au milieu ne m'étonne pas. Par contre, comment j'ai pu me retrouver là et comment m'en sortir, je l'ignore...