X, Instagram, Twitch, TikTok, Youtube, Bluesky :
Extrait :
Quitter X ou Facebook pour migrer vers d’autres réseaux obéissant aux mêmes logiques ne résoudra pas les problèmes posés par les plateformes. De nouvelles règles s’imposent.
Dans le contexte de choc politique et médiatique lié à l’élection de Donald Trump et aux prises de position des magnats des médias sociaux, les alternatives proposées aux individus semblent peser de peu de poids face aux plateformes qui s’affranchissent de tout droit. Les initiatives ont fleuri récemment au moment où Musk a promu sur sa plateforme une orientation d’extrême droite qualifiant toutes les autres de « wokistes ».
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Cependant, les problèmes étaient déjà là du temps du premier patron de Twitter, Jack Dorsey, ils ont été aggravés lorsque Musk a racheté la plateforme. La fuite actuelle soutenue par des opérations comme #quitteX marque un désaccord politique, mais n’est pas fondée sur la critique même de la fonction de ce type de plateforme virale, sur son architecture ni sur sa pertinence dans l’espace public.
Ainsi, se réfugier sur BlueSky, firme privée, qui reproduit l’ancien Twitter, sans questionner l’intérêt d’un tel système d’alerte cognitive permanente pour engendrer de la viralité, est une réaction à courte vue.
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Les réseaux sociaux des années 2000 ont muté et doivent en fait être répartis en trois types de plateforme aux fonctions médiatiques et sociales bien différentes.
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Premièrement, certaines plateformes sont devenues des médias qui organisent le débat autour de contenus. C’est le cas de Twitter, de Facebook, d’Instagram et YouTube, de Twitch, de Reddit ou encore de TikTok. Leur fonction d’amplification, de viralité selon une orientation éditoriale, est essentielle, mais on les traite encore comme de simples hébergeurs, sans responsabilité sur les contenus publiés.
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Deuxièmement, d’autres plateformes proposent des fonctions de messagerie : c’est le cas de Messenger, de WhatsApp, de Telegram, de Signal, etc. Les fonctions de téléphonie/visiophonie/échange de documents relèvent dans ce cas des télécommunications et restent réglées par les principes du fournisseur d’accès. Cependant, leur détournement en médias est déjà bien avancé sur Telegram ou sur WhatsApp puisque des vastes groupes de contact y sont autorisés.
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Troisièmement, enfin, d’autres plateformes peuvent continuer à fonctionner comme le faisaient les réseaux sociaux du Web 2.0, avec un nombre d’amis limité à l’interconnaissance (150 personnes) et une responsabilité des administrateurs de groupe pour réguler ce qui peut s’apparenter à du trolling, à du harcèlement ou à des contenus illégaux.
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L’essentiel reste que, dans toutes ces architectures, des dispositifs de ralentissement de la viralité soient rendus obligatoires.
En effet, la viralité est l’ennemi principal sur les plans cognitif, politique, culturel et civilisationnel. Cela n’empêche pas la lutte contre les émetteurs ou propriétaires extrémistes ni contre les désinformateurs professionnels des régimes autoritaires. Mais tous bénéficient plus que les autres de ces architectures toxiques de propagation accélérée.
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L’Europe et la France ont les moyens de réagir et de restructurer ce paysage médiatique numérique laissé en roue libre qui finit par détruire les principes mêmes du débat démocratique. À condition de définir ce que sont ces réseaux et de leur appliquer les règles existantes sans adhérer à la manœuvre libertarienne de prétendue menace sur la liberté d’expression états-unienne. Le contrôle doit porter sur la viralité (le free reach) et non sur l’expression (« free speech »), et cela change tout en matière d’acceptabilité de ces mesures.
TCS = trouble de la communication sociale (24/09/2014).