Je suis végétarien depuis plus de 8 ans, si ma mémoire ne me trompe pas, tout simplement parce que je voulais mettre mes idées, sur la souffrance animale et mes réflexions évolutives, en accord avec mes actes et inversement.
Je ne cherche pas à convaincre, pour la simple raison que je ne vois pas beaucoup de monde et que de toute façon j'ai perdu toute espèce d'illusion sur le genre humain en général.
Ce sont donc principalement des raisons éthiques qui me poussent à agir ainsi, notamment sur la condition animale imprimée par l'homme et je fais à ma mesure, de manière imparfaite, sans doute, avec des contradictions, également sans aucun doute, mais je fais cela quand même, pour ne pas me dire un jour, que je me suis contenté de n'avoir que des idées.
Il s'agit avant tout de faire en adéquation, avec ce que l'on ressens sur un sujet donné, en gardant présent à l'esprit que ce sera sans doute une goutte d'eau dans un océan.
Alors c'est vrai, si je pousse la logique jusque dans ses derniers retranchements, je pourrais me dire que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue, tant cette souffrance m'est palpable, tant je suis choqué, traversé par ces regards d'animaux qui n'ont que leurs yeux pour me transmettre l'imploration muette qui y est inscrite.
Mais en réfléchissant, que vient faire ici ce mot "logique", dans un univers régi par la passion, l'empathie, la compassion ?
Quid de ce mot, sinon qu'il devrait rester dans ses quartiers; c'est à dire là ou les objets s'entassent de manière ordonnée, parce qu'un animal n'est pas un objet logique, que l'on peut disséquer comme un code, un algorithme quelconque.
L'animal est un être vivant, qui vit, souffre, a ses plaisirs, dans son domaine propre d'intelligence, dans son couloir sans échappées vers un libre arbitre salvateur et c'est précisément pour cela, parce qu'il ne dispose pas de moyens identiques aux nôtres, parce que la parole lui est refusée, au propre comme au figuré, qu'il doit nécessairement y avoir des défenseurs pour sa cause.
C'est faire acte de noblesse d'âme que de défendre celui qui n'en est pas capable, par et pour lui même.
Cette représentation de l'animal, objet sans âme, pour faire raccourci, est un héritage de la pensée d'un Descartes, qui affirmait que les cris (de douleurs, aussi ) des animaux n'étaient pas autre chose que des grincements de poulies d'un mécanisme...
De nos jours, un animal est toujours considéré comme un bien meuble et soumis au bon vouloir de son maitre : i l n'y a pas tant de contrôles que cela ( pour tout ce qui concerne l'animal et sa domestication) et les moyens qui y sont affectés se réduisent d'année en année.
Je suis né omnivore, c'est vrai, mais comme j'en fais état plus haut, je suis aussi venu au monde avec la liberté de choisir, mon comportement, entre autres possibilités.
Par ailleurs, être omnivore, fait dépendre ce constat à un état originel du monde (le premier humain), qui n'existe plus aujourd'hui : nous sommes devenus plus artificiels, plus dépendants aux artifices que nous créons et par là, nous avons changé et ne sommes plus la somme de nous même, que nous étions à l'origine : les comptes, depuis, ont été trafiqués

et l'évolution, surtout avec une espèce adaptative comme la notre, peut réserver des surprises et gommer l'esquisse pour en construire une autre, "collant" plus au terrain.
Pour résumer ma pensée, je dirais que si j'étais né en ces "temps farouches" (Rosny ainé, pour les connaisseurs) je serais sans doute mangeur de viande, sans me poser de questions existentielles sur le sujet, précisément (je sais cela de "maintenant, de mon époque", bien sur) parce que les choses de la vie, la vie tout court, n'auraient pas encore été altérées en profondeur par la pensée humaine.
L'argument "après moi le déluge" ne m'a jamais atteint, même aux heures les plus noires de ma situation professionnelle, quand certains crevaient littéralement dans l'indifférence, écartés du monde, quelle qu'ai pu être leur motif d'emprisonnement, j'avais toujours ce pincement au cœur de les voir ainsi dériver et se laisser mourir, abandonnant tout espoir, comme toute humanité avait également déserté les esprits de certains autres, habillés, ou non, en bleu uniforme.
Et pourtant, je pouvais me dire qu'ils étaient là pour quelque chose, à la différence de l'animal, emprisonné à vie, sans espoir de remise de peine, pour "bonne conduite" en stabulation, ni grâce présidentielle du 14 juillet : non, rien pour eux, juste là aussi l'indifférence d'un monde habitué à construire son bonheur sur la souffrance et à tirer de cette douleur un motif de fierté civilisationnel.
Si la métempsychose est une réalité, j’'aimerais me réincarner en animal sauvage, quitte à mourir d'un coup de fusil précocement, mais en ayant vécu plus libre que n'importe lequel d'entre nous.
Aucune volonté de provoquer, choquer dans mon propos, juste ce qui me vient des tripes, qui ne date pas d'hier et une réflexion en accord avec le volet éthique et "idéologique" du post(philosophique me convient mieux).