L'asexualité et son spectre
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Re: L'asexualité et son spectre
Infographie sur la population asexuelle et autiste, qui semble confirmer une forte corrélation entre les deux conditions.
https://acecommunitysurvey.org/fr/2024/ ... periences/
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Lilas - TSA (AHN - Centre Expert - 2015)
Mes romans (sur l'autisme, mais pas que) : Et mon blog d'auteure : https://lilasnoir.over-blog.com/
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Re: L'asexualité et son spectre
Merci Lilas !
Intéressant aussi de voir la proportion de personnes également transgenres, polyamoureuses ou sur le spectre aromantique.
Les catégories "autodiagnostic" et "incertaine" faussent peut-être les chiffres, mais on peut considérer qu'une partie serait susceptible d'avoir un TSA, sans oublier la part de personnes asexuelles avec diagnostic professionnel de TSA, qui est loin d'être négligeable.
(Il ne faudrait pas s'arrêter à cela, l'enquête sur laquelle ces données sont basées est un document pdf très dense — 115 pages —, sur l'asexualité au sens large.)
Bon, a minima, ces personnes sont asexuelles.
Et quand je vois les taux de 69,9 % de sérieuses pensées suicidaires et de 19,7 % de tentatives de suicide... je me dis qu'il y a du souci à se faire. Et qu'il est primordial de continuer à parler, avec bienveillance, de ce sujet afin de le faire davantage connaître...
Intéressant aussi de voir la proportion de personnes également transgenres, polyamoureuses ou sur le spectre aromantique.
Les catégories "autodiagnostic" et "incertaine" faussent peut-être les chiffres, mais on peut considérer qu'une partie serait susceptible d'avoir un TSA, sans oublier la part de personnes asexuelles avec diagnostic professionnel de TSA, qui est loin d'être négligeable.
(Il ne faudrait pas s'arrêter à cela, l'enquête sur laquelle ces données sont basées est un document pdf très dense — 115 pages —, sur l'asexualité au sens large.)
Bon, a minima, ces personnes sont asexuelles.
Et quand je vois les taux de 69,9 % de sérieuses pensées suicidaires et de 19,7 % de tentatives de suicide... je me dis qu'il y a du souci à se faire. Et qu'il est primordial de continuer à parler, avec bienveillance, de ce sujet afin de le faire davantage connaître...
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Re: L'asexualité et son spectre
J'ai trouvé un article hyper intéressant datant de janvier, publié dans Scientific American, sur la fin de la psychiatrisation de l'asexualité...
Et comme je suis gentil et bien élevé, une traduction via deepl
:
Et comme je suis gentil et bien élevé, une traduction via deepl

Spoiler :
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Re: L'asexualité et son spectre
Merci pour le partage et pour la traduction, Lepton.
Lilas - TSA (AHN - Centre Expert - 2015)
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Re: L'asexualité et son spectre
Oui, merci lepton !
Concernant les thérapies de conversion, je remets ici ton message posté dans le sujet sur l'homophobie, car c'est très important :
Comme le souligne la chercheuse Samantha Guz, il y a une invisibilisation de l'asexualité dans notre société, si bien qu'on ne se rend pas compte que c'est une orientation sexuelle ciblée — comme toute orientation autre que l'hétérosexualité — par les thérapies de conversion.
L'enquête britannique de 2018 indique même que parmi les personnes cisgenres qui y ont répondu, les asexuelles étaient les plus susceptibles de s'en voir proposer une...
(Je remarque aussi que pour la catégorie "ne sait pas s'il/si elle a eu ou s'est vu·e proposer une thérapie de conversion", c'est une fois de plus l'asexualité qui l'emporte - figure 5.32 du document pdf. Se pourrait-il que cela soit dû à un chevauchement entre thérapie de conversion franche et pratiques médicales/thérapeutiques lacunaires, qui rendrait difficile la distinction entre les deux, tellement l'asexualité va à l'encontre de ce qui est attendu ? Comme dit dans l'article, "dire que l'on n'éprouve pas d'attirance sexuelle revient à dire que l'on ne mange pas, et « si l'on ne mange pas, c'est que l'on a un problème et que l'on se fait du mal »".)
Concernant les thérapies de conversion, je remets ici ton message posté dans le sujet sur l'homophobie, car c'est très important :
lepton a écrit : ↑jeudi 30 mai 2024 à 15:19Les thérapies de conversion ont été récemment interdites en France, mais elles ne le sont pas encore au niveau de l'UE.
Une initiative citoyenne a été lancée dans ce but...
Les détails sont ici.
Pour soutenir l'initiative, c'est ici.
Date limite : le 17/05/2025...
Comme le souligne la chercheuse Samantha Guz, il y a une invisibilisation de l'asexualité dans notre société, si bien qu'on ne se rend pas compte que c'est une orientation sexuelle ciblée — comme toute orientation autre que l'hétérosexualité — par les thérapies de conversion.
L'enquête britannique de 2018 indique même que parmi les personnes cisgenres qui y ont répondu, les asexuelles étaient les plus susceptibles de s'en voir proposer une...
(Je remarque aussi que pour la catégorie "ne sait pas s'il/si elle a eu ou s'est vu·e proposer une thérapie de conversion", c'est une fois de plus l'asexualité qui l'emporte - figure 5.32 du document pdf. Se pourrait-il que cela soit dû à un chevauchement entre thérapie de conversion franche et pratiques médicales/thérapeutiques lacunaires, qui rendrait difficile la distinction entre les deux, tellement l'asexualité va à l'encontre de ce qui est attendu ? Comme dit dans l'article, "dire que l'on n'éprouve pas d'attirance sexuelle revient à dire que l'on ne mange pas, et « si l'on ne mange pas, c'est que l'on a un problème et que l'on se fait du mal »".)
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Re: L'asexualité et son spectre
Après avoir parcouru tout le fil, j'aimerais remercier celleux qui l'ont lancé et alimenté de moults éclaircissements pour la compréhension de mon orientation sexuelle. On en parle tellement rarement, et d'autant plus rarement avec les mots justes.
Je vais essayer de faire le tri en pensant à haute voix, pardonnez je vous prie le brouillon qu'est encore ma pensée, là tout de suite.
Jusque récemment, je me suis considérée comme pansexuelle, parce que je n'arrivais pas à trouver des critères déterminant mon orientation, exactement comme ça l'est expliqué à un moment donné dans le fil. Je comprends aujourd'hui que c'est non pas une absence de critères, mais une absence d'attirance.
Je ne sais pas ce que ça fait d'être "attiré-e sexuellement". Ça a toujours été un grand mystère pour moi cette phrase. Et je n'en ai jamais souffert. On a pu par contre me le reprocher. Parce qu'il est "bizarre de n'avoir jamais envie, de toujours attendre que l'autre en ai envie, de ne jamais initier un rapport, etc..."
Ma vie amoureuse jusque jeune adulte s'est ponctuée de quelques nuits passées avec différents garçons sans qu'il ne se passe rien, mais alors rien du tout, à leur grande stupéfaction. D'autant que je n'étais pas dépourvue de sensualité, bien au contraire.
Pour être plus précise, je suis une femme cis-genre (bien que ne m'attribuant pas de genre dans la vision que j'ai de moi) en couple depuis 91 (je vous laisse faire le calcul) avec un homme cis-genre (lui aussi TSA HPI). Nous avons eu une activité sexuelle durant de longues années, parce qu'il est mon premier partenaire (et restera le seul je pense) dont la sensualité a déclenché chez moi le désir. C'est donc une réaction physiologique étroitement liée à sa personne.
Notre sexualité a été un jeu qu'il initiait par curiosité et auquel je participais sous l'effet d'une faim qu'il savait déclencher, et lui et moi y prenions autant de plaisir.
Je parle au passé car cette curiosité s'est tarie, et mon compagnon se dit maintenant asexuel. Il ne ressent plus du tout l'envie de relation physique, voire au contraire du dégoût. Pour lui, ça n'a jamais été facile de toucher et d'être touché, mais les hormones et la curiosité l'ont longtemps emporté, du moins c'est son analyse aujourd'hui.
Moi je me demande s'il ne serait pas plutôt sapiosexuel ? Parce que je le sais capable de ressentir cette possibilité physique de rapport avec une autre personne, capable d'être ému, et ensuite attiré physiquement. Par contre, son attirance physique, comme dit plus haut dans le fil, peut se manifester physiologiquement par une érection, mais lui ne pas ressentir le besoin de l'assouvir.
En me rencontrant, il est tombé amoureux d'une asexuelle sensuellement réceptive à son désir, avec qui la sexualité a été une exploration. Une étude voluptueuse de nos corps, qui au fil de notre histoire, a fini au second plan, puis est complètement passé aux oubliettes, sans que ni lui ni moi n'en souffrions. Hormis une certaine normalité et culture de la performance qui nous laissaient douter et craindre de ne plus nous aimer, ou d'être dysfonctionnels.
Pourtant ça s'est fait assez naturellement, notre relation ayant comme base, depuis le début, l'émulation intellectuelle. Une émulation tumultueuse à vrai dire, qui laisse peu de place au reste.
Aujourd'hui, s'il ressentait à nouveau du désir pour moi, je crois que je pourrais aussi en ressentir sous l'effet de ses caresses, mais que très vite notre tentative d'étreinte finirait en fou rire.
Je ne suis pas sûre d'avoir trouvé les mots justes, ma pensée est encore volubile, mais je voulais partager pour encourager encore plus à la parole. Moi j'ose en parler ce soir, et certainement très maladroitement, mais j'avoue que ce n'est pas facile du tout.
Je vais essayer de faire le tri en pensant à haute voix, pardonnez je vous prie le brouillon qu'est encore ma pensée, là tout de suite.
Jusque récemment, je me suis considérée comme pansexuelle, parce que je n'arrivais pas à trouver des critères déterminant mon orientation, exactement comme ça l'est expliqué à un moment donné dans le fil. Je comprends aujourd'hui que c'est non pas une absence de critères, mais une absence d'attirance.
Je ne sais pas ce que ça fait d'être "attiré-e sexuellement". Ça a toujours été un grand mystère pour moi cette phrase. Et je n'en ai jamais souffert. On a pu par contre me le reprocher. Parce qu'il est "bizarre de n'avoir jamais envie, de toujours attendre que l'autre en ai envie, de ne jamais initier un rapport, etc..."
Ma vie amoureuse jusque jeune adulte s'est ponctuée de quelques nuits passées avec différents garçons sans qu'il ne se passe rien, mais alors rien du tout, à leur grande stupéfaction. D'autant que je n'étais pas dépourvue de sensualité, bien au contraire.
Pour être plus précise, je suis une femme cis-genre (bien que ne m'attribuant pas de genre dans la vision que j'ai de moi) en couple depuis 91 (je vous laisse faire le calcul) avec un homme cis-genre (lui aussi TSA HPI). Nous avons eu une activité sexuelle durant de longues années, parce qu'il est mon premier partenaire (et restera le seul je pense) dont la sensualité a déclenché chez moi le désir. C'est donc une réaction physiologique étroitement liée à sa personne.
Notre sexualité a été un jeu qu'il initiait par curiosité et auquel je participais sous l'effet d'une faim qu'il savait déclencher, et lui et moi y prenions autant de plaisir.
Je parle au passé car cette curiosité s'est tarie, et mon compagnon se dit maintenant asexuel. Il ne ressent plus du tout l'envie de relation physique, voire au contraire du dégoût. Pour lui, ça n'a jamais été facile de toucher et d'être touché, mais les hormones et la curiosité l'ont longtemps emporté, du moins c'est son analyse aujourd'hui.
Moi je me demande s'il ne serait pas plutôt sapiosexuel ? Parce que je le sais capable de ressentir cette possibilité physique de rapport avec une autre personne, capable d'être ému, et ensuite attiré physiquement. Par contre, son attirance physique, comme dit plus haut dans le fil, peut se manifester physiologiquement par une érection, mais lui ne pas ressentir le besoin de l'assouvir.
En me rencontrant, il est tombé amoureux d'une asexuelle sensuellement réceptive à son désir, avec qui la sexualité a été une exploration. Une étude voluptueuse de nos corps, qui au fil de notre histoire, a fini au second plan, puis est complètement passé aux oubliettes, sans que ni lui ni moi n'en souffrions. Hormis une certaine normalité et culture de la performance qui nous laissaient douter et craindre de ne plus nous aimer, ou d'être dysfonctionnels.
Pourtant ça s'est fait assez naturellement, notre relation ayant comme base, depuis le début, l'émulation intellectuelle. Une émulation tumultueuse à vrai dire, qui laisse peu de place au reste.
Aujourd'hui, s'il ressentait à nouveau du désir pour moi, je crois que je pourrais aussi en ressentir sous l'effet de ses caresses, mais que très vite notre tentative d'étreinte finirait en fou rire.
Je ne suis pas sûre d'avoir trouvé les mots justes, ma pensée est encore volubile, mais je voulais partager pour encourager encore plus à la parole. Moi j'ose en parler ce soir, et certainement très maladroitement, mais j'avoue que ce n'est pas facile du tout.
Diag HPI/TSA/TDAH - 2020/2023/2025
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Re: L'asexualité et son spectre
On voit donc que ça peut évoluer. 

Pardon, humilité, humour, hasard, confiance, humanisme, partage, curiosité et diversité sont des gros piliers de la liberté et de la sérénité.
Diagnostiqué autiste en l'été 2014
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Re: L'asexualité et son spectre
Je pose là, en plus grand, le drapeau de l'asexualité.
Et je me demandais s'il existait un drapeau pour la sapiosexualité ?

Et je me demandais s'il existait un drapeau pour la sapiosexualité ?

Diag HPI/TSA/TDAH - 2020/2023/2025
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Re: L'asexualité et son spectre
Je suis contente que ce fil soit utile et je voudrais à mon tour te remercier Riji pour ton partage. 

Il y en a deux autres alternatifs (voir ici).

Oui :

Il y en a deux autres alternatifs (voir ici).
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Re: L'asexualité et son spectre
Merci !
Ah oui, je suis tombée dessus juste après mon post ><
Il est très moche...^^
Ah oui, je suis tombée dessus juste après mon post ><
Il est très moche...^^
Diag HPI/TSA/TDAH - 2020/2023/2025
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Re: L'asexualité et son spectre
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Re: L'asexualité et son spectre
Un épisode du podcast Zoom zoom zen : "Asexualité, entre fantasme et mystère"
[Il y a erreur au début, où le présentateur dit qu'être ace c'est avoir pas ou peu de libido ; l'invitée Anna Mangeot (elle-même asexuelle) précise bien ensuite que c'est une histoire d'attirance (et je peux confirmer personnellement qu'on peut être asexuel·le et avoir une libido — et que libido ≠ sexualité partagée forcément). :p]
[Il y a erreur au début, où le présentateur dit qu'être ace c'est avoir pas ou peu de libido ; l'invitée Anna Mangeot (elle-même asexuelle) précise bien ensuite que c'est une histoire d'attirance (et je peux confirmer personnellement qu'on peut être asexuel·le et avoir une libido — et que libido ≠ sexualité partagée forcément). :p]
L’asexualité est à la fois mystérieuse et fantasmée. Dans une société ultra-sexualisée envahie par la pression sociale, le marketing et l’imagerie culturelle, que deviennent celles et ceux qui ne ressentent pas de désir ?
L'asexualité, ce n'est pas une baisse de la libido, un moment de la vie qui peut toucher n'importe qui, c'est une orientation sexuelle comme une autre.
Alors qu'on commence à en parler plus librement, y compris dans les médias, est-elle vraiment devenue une orientation comme une autre ? Qui sont ces hommes et ces femmes qui aujourd'hui disent au grand jour avoir pas ou peu de libido ? Y a-t-il encore des clichés, des incompréhensions, des quiproquos vis-à-vis des personnes se déclarant asexuelles ? Comment sait-on qu'on est asexuel ? Pourquoi certains en parlent comme d'une lubie ? À quel âge comprend-on qu'on est asexuel ?
L'invitée est Anna Mangeot, autrice du livre Asexuelle, aux éditions Larousse. Elle est elle-même asexuelle, et c'est un sujet dont elle parle également sur ses réseaux sociaux, TikTok et Instagram.
Qu'est-ce l'asexualité ?
Être asexuel, c'est le fait de ne pas ressentir d'attirance sexuelle envers autrui. L'invitée précise : "Nous les asexuels, on est attirés par personne, mais ça n'empêche pas une grande partie des asexuels d'avoir de la libido, d'avoir des fantasmes, de pratiquer la masturbation. Simplement, on ne va pas ressentir cette espèce d'appétit qui nous attire vers l'autre et nous fait ressentir le besoin de nous presser contre."
Elle ajoute la concernant : "Moi, je ne ressens ni désir, ni libido, ni fantasme, ni nul besoin. Mais certains peuvent avoir des fantasmes qui se créent à l'intérieur, avec des personnages de leur vie ou des personnages de fiction. Simplement quand ce fantasme se matérialise, vient prendre corps, là ça ne suscite rien du tout et ça s'arrête." Elle explique aussi qu'il y a des centaines, des milliers de nuances dans l'asexualité.
Dans son parcours, elle a d'abord essayé de se forcer à avoir des relations sexuelles, a eu plusieurs petits amis, puis s'est dit que peut-être, c'étaient les filles qui l'intéressaient, avant de comprendre qu'elle était asexuelle. Et puis elle s'est retrouvée avec son copain actuel qui lui a laissé le temps de ne pas vouloir, et de réfléchir à qui elle était.
D'où vient l'asexualité ?
L'asexualité n'est pas une notion toute neuve. En 1886, pour le sexologue allemand Richard von Krafft Ebing, l'asexualité doit être considérée comme un trouble mental. Dix ans plus tard, un autre sexologue, Magnus Hirschfeld, parle de l'asexualité qu'il assimile à de l'anesthésie sexuelle.
C'est en 1897 que la sexologue allemande Emma Trosse donne la première définition de cette notion : "L'asexualité et l'attirance pour le même sexe ne sont pas des exceptions ou des anomalies. C'est pourquoi l'État devrait protéger leur droit à la liberté sexuelle au lieu de les discriminer." Un sujet qu'elle aborde dans son livre Une femme. Étude psychologico-biographique d'une personne asexuelle.
Pour notre invitée, le fait que l'asexualité soit considérée comme un trouble mental n'est pas derrière nous. Elle explique : "C'est un sujet qui souvent fait rire, qui interroge, que les gens regardent de loin comme quelque chose qui ne les concerne pas." Elle a aussi l'impression qu'on la regarde comme une bête de foire, un extraterrestre alors qu'il y a des asexuels dans toutes les familles.
Les stéréotypes sur l'asexualité
Ce n'est pas une douleur d'être asexuel. Anna Mangeot explique qu'elle est parfaitement heureuse. Pour l'invitée, ce qui rend la chose douloureuse, c'est l'accueil qui est fait à l'asexualité. Ce sont les échos que les asexuels ont d'eux-mêmes et la façon qu'a le monde de les voir et de les montrer. Anna Mangeot dit qu'actuellement les asexuels sortent tout juste du silence. Pour elle, les gens sont très curieux, mais en même temps, ils ont des réactions très primaires, pensant que c'est une maladie, une déficience, ou que c'est triste.
D'ailleurs, dans les séries Sex Education et le reboot de Hartley, coeur à vif, il y a deux personnages asexuels. Mais Anna Mangeot trouve qu'ils manquent de flamboyance : "J'étais évidemment ravie en voyant d'abord qu'il y en avait. J'étais vraiment contente. Et puis, en découvrant petit à petit la manière dont les personnages étaient écrits, je suis un peu tombée de haut parce qu'ils sont toujours traités sous un jour misérabiliste, il leur manque quelque chose. Ce sont les personnages un peu ennuyeux."
Que conseiller aux personnes – jeunes ou non – qui se découvrent asexuelles ? En parler à quelqu'un de confiance, quelqu'un sensibilisé aux questions d'orientation sexuelle, de genre, peut-être un psychiatre ou un médecin généraliste. Même si Anne Mangeot précise que l'on va souvent essayer de soigner les asexuels, alors que c'est une orientation sexuelle. Elle ajoute : "La communauté asexuelle est peuplée de gens comme nous qui sont magnifiques et sont heureux d'être ce qu'ils sont et ça donne beaucoup d'espoir. Il ne faut surtout jamais, même au nom de l'amour, même au nom de ce que vous voulez, se forcer."
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Re: L'asexualité et son spectre
Moi des fois je me sens asexuel, mais c'est plutôt l'effet des neuroleptiques
.

Diagnostic d'autisme chez un psychiatre. PQI (Petit QI
).
"ne pèche plus, il pourrait t'arriver quelque chose de pire" Jésus

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Re: L'asexualité et son spectre
[Ton message m'a beaucoup inspirée, @seul.
Ce pavé ne t'est pas destiné je te rassure, je me suis laissée porter par l'idée de base. Du coup, ce message s'éloigne rapidement d'une réponse adressée précisément à toi, pour se muer en une réflexion approfondie sur l'asexualité.]
Les neuroleptiques peuvent effectivement avoir des effets indésirables sur les fonctions sexuelles... Ceci dit, ils n'ont pas d'effet sur l'orientation sexuelle.
Je ne veux pas déformer ta phrase, j'ai bien compris que tu ne disais pas que les neuroleptiques te rendaient asexuel.
Mais je profite de cette occasion pour bien rappeler que l'asexualité, en tant qu'orientation sexuelle (comme l'hétérosexualité par exemple), n'est pas liée aux fonctions sexuelles.
Bien qu'une personne asexuelle puisse avoir peu ou pas du tout de libido, de plaisir, d'excitation physique, etc., il en existe aussi beaucoup qui ont une libido, qui ont du plaisir et même le recherchent (sans rentrer dans les détails, je n'ai jamais compris — même si c'est un fait et je le reconnais — comment c'était possible qu'autant de personnes avec les mêmes attributs que moi aient des difficultés à prendre leur pied, alors que pour moi, depuis très jeune, ça a toujours été facile), ...
Quand il y a libido, celle-ci est différente de l'attirance ; et inversement, on peut ne pas avoir de libido, ou peu, et avoir malgré tout une attirance (avoir une perte de libido, ou une libido naturellement basse, n'enlève rien à l'hétéro- ou l'homosexualité d'une personne, puisqu'il est question d'orientations et non de fonctions sexuelles). Et si dans des cas spécifiques, qu'il appartient aux seules personnes concernées d'identifier, l'orientation peut fluctuer, on reste malgré tout dans le registre de l'orientation ; ça n'est toujours pas lié aux fonctions, à la physiologie.
Si c'est difficile de se l'imaginer, il suffit de penser à la masturbation : on n'a pas d'attirance pour nos mains ou les jouets, et pourtant la libido est en action.
Ça n'est pas uniquement une histoire de mécanique brute, et justement : ce qui se passe mentalement, les éventuels fantasmes, ça n'est pas de l'attirance sexuelle ; les deux domaines peuvent concorder, mais ils sont différents de base. L'attirance sexuelle, c'est une sorte d'appétit/d'élan pour une personne — on ne peut pas toujours concrétiser mais si c'était possible on le ferait réellement. C'est à dissocier de l'aspect mental voire imaginaire : on peut imaginer des choses stimulantes sans qu'il n'y ait d'intentions de concrétiser quoi que ce soit ; d'où la capacité du cerveau humain à être excité sexuellement par des scénarios fictifs (dont on sait d'office qu'ils sont irréalisables), ou potentiellement réels mais qu'on ne voudrait pas voir se réaliser, ou encore des choses abstraites. D'où aussi la possibilité pour une personne asexuelle d'avoir des fantasmes.
Personnellement, mes fonctions sexuelles plutôt efficaces ont compliqué mon coming in (prise de conscience) asexuel, car pour moi, elles étaient nécessairement liées à une attirance.
Pendant longtemps, j'ai pensé qu'être ace, c'était être "frigide", avoir un "blocage" y compris en solo, ne rien exprimer de sexuel en gros (et que c'était à corriger).
Je repense à la toute jeune personne que j'étais... Qui, bien avant de pouvoir comprendre son absence d'attirance sexuelle (et romantique pour ma part), a spontanément adopté des comportements sexuels indépendants et désintéressés des autres (et ce assez précocément et librement)...
Alors que de mon côté je menais ma barque sur un riche océan sexuel, côté partenaires potentiel·les, c'était le calme plat. "Ouais mais ça, c'est parce que tu n'avais personne (et puis tu étais très jeune)", pourrait-on dire. Sauf que je ne cherchais personne. Je ne souhaitais personne. Je n'envisageais ma sexualité avec personne, même hypothétiquement, ultérieurement.
En parallèle, j'avais des connaissances, j'étais éduquée, la sexualité n'était pas tabou pour moi, j'étais même curieuse. J'avais même eu la meilleure note à un contrôle de SVT sur la vie sexuelle et reproductive, c'est dire !
Sur le papier, j'avais bien compris le comment, la théorie, du sexe avec mes semblables. Mais en pratique, pour moi-même... je ne me suis jamais sentie concernée.
Partager ma sexualité n'a jamais été un besoin chez moi. C'est mon mode par défaut, celui avec lequel j'ai opéré longtemps avant de pouvoir poser des mots, des concepts, dessus. C'est juste moi, ma manière de faire, tout simplement.
Je me suis écoutée dès le départ, sans me poser de questions. Je n'aurais pas pu m'en poser, puisqu'avoir une sexualité partagée n'étant pas un besoin pour moi, je ne remarquais pas l'absence de ce besoin.
Puis s'en sont mêlés en grandissant, la pression sociale ; la confusion entre attirance sexuelle et appréciation esthétique ou fixette sur des figures fictives ou réelles (ce que je faisais pourtant déjà avant et sur bien d'autres choses également) ; les associations entre deux choses différentes, à commencer par fonctions sexuelles "OK" = attirance sexuelle qui doit aller avec ; ...
Pour le dernier point que j'évoque, un autre exemple : rebutée par les rapprochements sexuels/amoureux = blocage, peur, et par conséquent défaut à corriger. (Mouais... sauf qu'à côté de ça, je suis rebutée par les contacts TOUT COURT, depuis toute petite ; mais quand tu intègres que tu dois forcément éprouver de l'attirance sexuelle, tu pathologises cette réticence et tu te focalises sur l'aspect sexuel, au lieu de la replacer dans le contexte où tu n'aimes pas les contacts avec tes semblables, y compris les personnes en qui tu as entièrement confiance, de façon générale, et où c'est juste comme ça que tu fonctionnes depuis toujours
)
Aujourd'hui, ça me crève les yeux que ma façon de m'orienter sexuellement, c'est de ne m'orienter vers personne, et que cela m'a toujours parfaitement convenu. J'ai pas choisi, d't'façon.
L'appellation "orientation" sexuelle n'est finalement pas juste par rapport à autrui (ne s'orienter vers personne étant également une façon de s'orienter), elle est aussi et peut-être surtout, par rapport à soi-même : le hasard de la vie oriente chaque personne parmi un tas de sexualités, et celle sur laquelle on tombe fait partie de soi.
La suivre, c'est être en accord avec soi-même, ce qui ne peut pas poser de problème (les discriminations sont un problème de taille, mais ce n'est pas l'orientation le problème).
Pour une personne, vivre son hétérosexualité ne peut pas être un problème.
Pareil pour l'homosexualité.
Pareil pour l'asexualité.
Voilà pourquoi il est crucial de comprendre qu'il s'agit bien d'une orientation sexuelle, au même titre que les deux susmentionnées — et bien d'autres. Refuser ce fait, c'est la considérer automatiquement comme un problème.
J'exagère ?
Que se passe-t-il lorsque l'on ne considère pas l'homosexualité comme une orientation sexuelle (une manière de s'orienter naturellement et légitimement comme c'est le cas dans l'hétérosexualité) ? Il faut bien qu'elle soit quelque chose... mais donc, elle n'est pas une expression normale de la sexualité humaine, hm, alors voyons... C'est un trouble ? Ah, peut-être un choix (ben oui, il y a un ordre établi, et donc si l'on s'en éloigne ça ne peut pas être parce qu'il existe une diversité humaine bien plus vaste, ce doit être les gens qui s'inventent ça, comme ça, parce que ça fait rêver en plus quand on voit le traitement qui leur est réservé dans notre société actuelle) ! Ou une déviance...
Refuser de considérer l'homosexualité comme une orientation sexuelle égale à l'hétérosexualité, c'est la considérer comme contraire à ce qui devrait, ou aurait dû, être. Nul besoin de persécuter activement les personnes gays (bien que ce soit la porte ouverte aux pires injustices) : refuser de mettre leur orientation au même rang que l'hétérosexualité implique forcément qu'au fond, il faudrait être hétéro. Qu'au fond, elles ne suivent pas le vrai bon schéma. Qu'au fond, même si on ne leur veut aucun mal, même si on ne veut les obliger à rien, elles ont un problème.
Pareil pour l'asexualité.
À ceci près que là, le "il faudrait être hétéro" peut s'élargir pour devenir "il faudrait être allo".
Ben oui. Parce que si on dit "ah mais non je n'ai jamais considéré que c'était un problème !", alors c'est qu'on considère que l'asexualité est tout aussi recevable que l'hétéro- et l'allosexualité... mais alors, dans ce cas, elle est bien au même rang... donc elle est bien une orientation sexuelle.
Après, l'aborder comme un problème ne fait pas de soi une mauvaise personne. Ce sont des biais, des normes... et même une personne asexuelle n'est pas immunisée.
Il fut un temps où je l'abordais de cette manière, pour moi-même et les autres, par conformisme, et oh ben ça alors : je n'avais pas encore assimilé que c'était une orientation sexuelle parmi d'autres.
Et concrètement ça s'est traduit par quoi ? J'estimais que j'avais un problème à débloquer et j'ai failli me forcer. Alors que de base, cela ne me pose strictement aucun problème, puisque je suis comme ça tout simplement, sans que ça n'ait le moindre retentissement négatif sur mon bien-être — en fait il y a bien un retentissement mais positif parce que c'est bon de vivre comme on l'entend. J'en étais arrivée à penser qu'il me manquait un truc qui ne m'a jamais intéressée (pour le couple aussi).
Tout ça au nom du "il faudrait que".
(Ouais, le smiley drôle là pour le coup je vais éviter.)
Bien évidemment, les détails personnels que j'ai donnés ne sont qu'un témoignage parmi d'autres, certainement pas un modèle de validité.
Moi j'ai vécu "comme une asexuelle" dès le départ, mais en réalité, ça ne veut rien dire : on peut avoir eu une sexualité partagée depuis que l'on est en mesure d'en avoir une, et se rendre compte à 99 ans que l'on est asexuel·le.
Comment est-ce possible ? Plusieurs options non-exhaustives...

Les neuroleptiques peuvent effectivement avoir des effets indésirables sur les fonctions sexuelles... Ceci dit, ils n'ont pas d'effet sur l'orientation sexuelle.
Je ne veux pas déformer ta phrase, j'ai bien compris que tu ne disais pas que les neuroleptiques te rendaient asexuel.
Mais je profite de cette occasion pour bien rappeler que l'asexualité, en tant qu'orientation sexuelle (comme l'hétérosexualité par exemple), n'est pas liée aux fonctions sexuelles.
Bien qu'une personne asexuelle puisse avoir peu ou pas du tout de libido, de plaisir, d'excitation physique, etc., il en existe aussi beaucoup qui ont une libido, qui ont du plaisir et même le recherchent (sans rentrer dans les détails, je n'ai jamais compris — même si c'est un fait et je le reconnais — comment c'était possible qu'autant de personnes avec les mêmes attributs que moi aient des difficultés à prendre leur pied, alors que pour moi, depuis très jeune, ça a toujours été facile), ...
Quand il y a libido, celle-ci est différente de l'attirance ; et inversement, on peut ne pas avoir de libido, ou peu, et avoir malgré tout une attirance (avoir une perte de libido, ou une libido naturellement basse, n'enlève rien à l'hétéro- ou l'homosexualité d'une personne, puisqu'il est question d'orientations et non de fonctions sexuelles). Et si dans des cas spécifiques, qu'il appartient aux seules personnes concernées d'identifier, l'orientation peut fluctuer, on reste malgré tout dans le registre de l'orientation ; ça n'est toujours pas lié aux fonctions, à la physiologie.
Si c'est difficile de se l'imaginer, il suffit de penser à la masturbation : on n'a pas d'attirance pour nos mains ou les jouets, et pourtant la libido est en action.

Ça n'est pas uniquement une histoire de mécanique brute, et justement : ce qui se passe mentalement, les éventuels fantasmes, ça n'est pas de l'attirance sexuelle ; les deux domaines peuvent concorder, mais ils sont différents de base. L'attirance sexuelle, c'est une sorte d'appétit/d'élan pour une personne — on ne peut pas toujours concrétiser mais si c'était possible on le ferait réellement. C'est à dissocier de l'aspect mental voire imaginaire : on peut imaginer des choses stimulantes sans qu'il n'y ait d'intentions de concrétiser quoi que ce soit ; d'où la capacité du cerveau humain à être excité sexuellement par des scénarios fictifs (dont on sait d'office qu'ils sont irréalisables), ou potentiellement réels mais qu'on ne voudrait pas voir se réaliser, ou encore des choses abstraites. D'où aussi la possibilité pour une personne asexuelle d'avoir des fantasmes.
Personnellement, mes fonctions sexuelles plutôt efficaces ont compliqué mon coming in (prise de conscience) asexuel, car pour moi, elles étaient nécessairement liées à une attirance.
Pendant longtemps, j'ai pensé qu'être ace, c'était être "frigide", avoir un "blocage" y compris en solo, ne rien exprimer de sexuel en gros (et que c'était à corriger).
Je repense à la toute jeune personne que j'étais... Qui, bien avant de pouvoir comprendre son absence d'attirance sexuelle (et romantique pour ma part), a spontanément adopté des comportements sexuels indépendants et désintéressés des autres (et ce assez précocément et librement)...
Alors que de mon côté je menais ma barque sur un riche océan sexuel, côté partenaires potentiel·les, c'était le calme plat. "Ouais mais ça, c'est parce que tu n'avais personne (et puis tu étais très jeune)", pourrait-on dire. Sauf que je ne cherchais personne. Je ne souhaitais personne. Je n'envisageais ma sexualité avec personne, même hypothétiquement, ultérieurement.
En parallèle, j'avais des connaissances, j'étais éduquée, la sexualité n'était pas tabou pour moi, j'étais même curieuse. J'avais même eu la meilleure note à un contrôle de SVT sur la vie sexuelle et reproductive, c'est dire !

Sur le papier, j'avais bien compris le comment, la théorie, du sexe avec mes semblables. Mais en pratique, pour moi-même... je ne me suis jamais sentie concernée.
Partager ma sexualité n'a jamais été un besoin chez moi. C'est mon mode par défaut, celui avec lequel j'ai opéré longtemps avant de pouvoir poser des mots, des concepts, dessus. C'est juste moi, ma manière de faire, tout simplement.
Je me suis écoutée dès le départ, sans me poser de questions. Je n'aurais pas pu m'en poser, puisqu'avoir une sexualité partagée n'étant pas un besoin pour moi, je ne remarquais pas l'absence de ce besoin.
Puis s'en sont mêlés en grandissant, la pression sociale ; la confusion entre attirance sexuelle et appréciation esthétique ou fixette sur des figures fictives ou réelles (ce que je faisais pourtant déjà avant et sur bien d'autres choses également) ; les associations entre deux choses différentes, à commencer par fonctions sexuelles "OK" = attirance sexuelle qui doit aller avec ; ...
Pour le dernier point que j'évoque, un autre exemple : rebutée par les rapprochements sexuels/amoureux = blocage, peur, et par conséquent défaut à corriger. (Mouais... sauf qu'à côté de ça, je suis rebutée par les contacts TOUT COURT, depuis toute petite ; mais quand tu intègres que tu dois forcément éprouver de l'attirance sexuelle, tu pathologises cette réticence et tu te focalises sur l'aspect sexuel, au lieu de la replacer dans le contexte où tu n'aimes pas les contacts avec tes semblables, y compris les personnes en qui tu as entièrement confiance, de façon générale, et où c'est juste comme ça que tu fonctionnes depuis toujours

Aujourd'hui, ça me crève les yeux que ma façon de m'orienter sexuellement, c'est de ne m'orienter vers personne, et que cela m'a toujours parfaitement convenu. J'ai pas choisi, d't'façon.

L'appellation "orientation" sexuelle n'est finalement pas juste par rapport à autrui (ne s'orienter vers personne étant également une façon de s'orienter), elle est aussi et peut-être surtout, par rapport à soi-même : le hasard de la vie oriente chaque personne parmi un tas de sexualités, et celle sur laquelle on tombe fait partie de soi.
La suivre, c'est être en accord avec soi-même, ce qui ne peut pas poser de problème (les discriminations sont un problème de taille, mais ce n'est pas l'orientation le problème).
Pour une personne, vivre son hétérosexualité ne peut pas être un problème.
Pareil pour l'homosexualité.
Pareil pour l'asexualité.
Voilà pourquoi il est crucial de comprendre qu'il s'agit bien d'une orientation sexuelle, au même titre que les deux susmentionnées — et bien d'autres. Refuser ce fait, c'est la considérer automatiquement comme un problème.
J'exagère ?
Que se passe-t-il lorsque l'on ne considère pas l'homosexualité comme une orientation sexuelle (une manière de s'orienter naturellement et légitimement comme c'est le cas dans l'hétérosexualité) ? Il faut bien qu'elle soit quelque chose... mais donc, elle n'est pas une expression normale de la sexualité humaine, hm, alors voyons... C'est un trouble ? Ah, peut-être un choix (ben oui, il y a un ordre établi, et donc si l'on s'en éloigne ça ne peut pas être parce qu'il existe une diversité humaine bien plus vaste, ce doit être les gens qui s'inventent ça, comme ça, parce que ça fait rêver en plus quand on voit le traitement qui leur est réservé dans notre société actuelle) ! Ou une déviance...

Pareil pour l'asexualité.
À ceci près que là, le "il faudrait être hétéro" peut s'élargir pour devenir "il faudrait être allo".
Ben oui. Parce que si on dit "ah mais non je n'ai jamais considéré que c'était un problème !", alors c'est qu'on considère que l'asexualité est tout aussi recevable que l'hétéro- et l'allosexualité... mais alors, dans ce cas, elle est bien au même rang... donc elle est bien une orientation sexuelle.
Après, l'aborder comme un problème ne fait pas de soi une mauvaise personne. Ce sont des biais, des normes... et même une personne asexuelle n'est pas immunisée.
Il fut un temps où je l'abordais de cette manière, pour moi-même et les autres, par conformisme, et oh ben ça alors : je n'avais pas encore assimilé que c'était une orientation sexuelle parmi d'autres.

Et concrètement ça s'est traduit par quoi ? J'estimais que j'avais un problème à débloquer et j'ai failli me forcer. Alors que de base, cela ne me pose strictement aucun problème, puisque je suis comme ça tout simplement, sans que ça n'ait le moindre retentissement négatif sur mon bien-être — en fait il y a bien un retentissement mais positif parce que c'est bon de vivre comme on l'entend. J'en étais arrivée à penser qu'il me manquait un truc qui ne m'a jamais intéressée (pour le couple aussi).
Tout ça au nom du "il faudrait que".
(Ouais, le smiley drôle là pour le coup je vais éviter.)
Bien évidemment, les détails personnels que j'ai donnés ne sont qu'un témoignage parmi d'autres, certainement pas un modèle de validité.
Moi j'ai vécu "comme une asexuelle" dès le départ, mais en réalité, ça ne veut rien dire : on peut avoir eu une sexualité partagée depuis que l'on est en mesure d'en avoir une, et se rendre compte à 99 ans que l'on est asexuel·le.
Comment est-ce possible ? Plusieurs options non-exhaustives...
- Il n'existe pas une forme d'asexualité, mais plusieurs ; ainsi, on peut ressentir de l'attirance sexuelle (telle qu'on se l'imagine normalement) en étant pourtant sur le spectre asexuel, mais sous conditions (c'est le cas par exemple dans la demisexualité, seulement en cas de lien fort).
- De même, selon la forme d'asexualité, il est possible, malgré une incapacité à ressentir une attirance ou à en ressentir suffisamment d'après la norme, d'apprécier les rapports sexuels, ou de vouloir les inclure à notre vie intime, pour diverses raisons.
- Plus négatif mais bien réel, comme abordé précédemment : il arrive qu'on se force. Ce n'est pas rare, surtout dans un monde où l'asexualité est très effacée et souvent pathologisée lorsqu'elle a un peu de visibilité. Beaucoup de personnes aces ne veulent pas de rapports ou contacts sexuels... ce qui ne veut pas dire qu'elles n'en ont pas. Contrairement à ce que l'on croit encore communément, certaines personnes sont tout à fait capables de se contraindre à avoir des rapports sexuels ""fonctionnels"" (il arrive que des personnes homosexuelles — et pas bi/poly/pan — passent par une vie de couple hétéro, avec sexe, mariage, enfants, avant de se rendre à l'évidence, ou même carrément alors que leur homosexualité est connue — on parle en anglais de "mixed orientation marriages" qui sont sur fond de dogmes religieux). Si la personne ace bloque (ce qui serait l'équivalent d'une personne gay rebutée par les rapports hétéros), on va plus facilement mettre ça sur le dos d'une pathologie, plutôt que d'une orientation sexuelle faisant que la personne n'a pas d'attirance en ce sens. L'attirance romantique pour læ partenaire pouvant brouiller les pistes (là ce n'est pas comme si on voulait vivre avec une autre personne d'un autre genre), on est limite plus à risque de se contraindre. [J'ajoute que la notion de contrainte ne dépend nullement d'un quelconque degré de sévérité, de violence ou de souffrances ; à partir du moment où l'on dit "oui" quand au fond on préférerait dire "non", on est dans la contrainte. Y'a pas d'histoire de "ouais mais bon c'est pas désagréable/c'est pas l'effort du siècle on va pas dramatiser/je pénalise mon ou ma partenaire/ça finira par venir/je me soigne/le sexe c'est pas toujours l'extase" et j'en passe.]
Diagnostiquée hyperactive (TDAH mixte), autiste et anxieuse