Artelise a écrit :un mot, un geste, un sourire, un rire mal interprété et il bascule dans une attitude agressive
Encourager toutes les personnes (vous, enseignants, psychologues, psychiatres, pédagogues, logopédistes, AVS, ergothérapeutes, autres élèves, etc.) à communiquer avec des mots, de manière directe, explicite (sans les implicites : sous-entendus, second degré, charriages, tropes, codes sociaux que n'ont pas acquis spontanément les personnes autistes, etc.), sans amalgames (et autres ambiguïtés, double-sens). Ne pas se baser sur le langage non verbal et les implicites.
Discuter avec lui pour mieux comprendre comment il veut que les personnes communiquent avec lui.
Expliquer le spectre autistique, expliquer votre fils spécifiquement, aux autres élèves, pour que ceux-ci comprennent. Les autres élèves sont capables de compréhension et d'adaptation. Certes jeunes, ils sont déjà des acteurs. Et puis ça leur donnera déjà une certaine connaissance et une certaine expérience de l'autisme, d'une personne autiste. C'est l'occasion de leur expliquer le spectre autistique, étant donné que celui-ci n'est pas compris dans le programme de l'école obligatoire.
Petit rappel (à partager à tous les acteurs) : beaucoup de personnes autistes vont moins souvent obéir aveuglément (par conformité ;
effet Asch). Elles ont besoin de comprendre le pourquoi des codes sociaux, lesquels ne sont pas automatiquement inconsciemment intégrés, acquis.
Tant qu'à faire, tant qu'on y est, autant copier-coller un message privé que j'ai récemment envoyé à une autre personne à laquelle je répondais (je me dis que ça peut être utile pour beaucoup de personnes) :
freeshost a écrit :1. Les fausses idées sur l'autisme :
Il y a diverses fausses idées qui circulent sur le spectre autistique (et sur bien d'autres choses : le préjugé est enfant de l'ignorance, la sacralisation et la diabolisation le sont aussi), comme celles du type
"Tu es capable de ... donc tu ne peux pas être autiste."
Il y a aussi
le biais de représentativité qui peut biaiser les représentations du spectre autistique que peuvent avoir les personnes. En ce qui concerne la représentation des personnes autistes, beaucoup de personnes s'imaginent soit l'idiot du village (retardé, avec déficience intellectuel) soit le singe savant ou aux superpouvoirs (Rain Man). Or, on sait que, dans la réalité, les extrêmes sont moins probables (
courbe de Gauss). Il faut donc faire l'effort de considérer toutes les nuances, tous les continuums (d'où le fait qu'on parle de spectre, et non de population de clones qui auraient tous le même comportement).
Ou encore : les autistes bavent, les autistes se tapent la tête contre les murs, etc.
2. Les spécificités alimentaires :
Concernant les spécificités alimentaires possibles et variables d'une personne autiste à l'autre, tu peux lire
cette discussion.
3. Le harcèlement :
Le harcèlement et autres formes d'attaques sont malheureusement légion dans tous les pays, et les personnes autistes, les personnes hp, les femmes, etc. constituent parmi les cibles de choix. Il y a encore beaucoup à faire, et ce dès l'école obligatoire :
- sensibiliser les élèves aux conséquences du harcèlement,
- trouver d'autres occupations que le harcèlement,
- accepter le non-consentement,
car le harcèlement n'est pas ma tasse de thé,
- sensibiliser les élèves au spectre autistique (entre autres ; je mettrais bien plus de psychologie cognitive et sociale, d'éthique humaniste dans le programme),
- apprendre à vivre sans bouc émissaire,
- apprendre à vivre sans réponse, à accepter le "je ne sais pas", le "nous ne savons pas", le "personne n'a encore trouvé la réponse à cette question",
- etc.
Être une personne harceleuse n'est pas une fatalité ou un passage obligé de la vie. Voilà un message à faire passer à bien des personnes "adultes".
4. Être le chef :
Là, je dirais qu'il faudrait discuter de lui pour essayer de comprendre pourquoi il veut être le chef.
Parfois, A veut être le chef parce qu'un autre chef B lui impose ad nauseam, par la force ou par la menace, des choses dont il ne veut pas. "Mieux vaut être chef qu'esclave." Est-ce que B n'essaie pas de lui imposer des normes sociales, comme "être/faire comme les autres" ? Ou d'autres impositions dont A ne veut pas ? Probablement que A et B ont des représentations très différentes sur l'objet de leur conflit. [Ça peut être la notion d'ordre dans la chambre, la notion (et la gestion) du temps, les notions de socialisation et de solitude, les intérêts spécifiques, entrer dans le moule, utiliser le langage verbale, utiliser les formes de politesse, etc.]
Une personne autiste va rarement accepter des ordres sans comprendre le pourquoi, encore moins si ce qu'on lui demande lui semble contraire à son éthique. Elle a besoin de comprendre, pas d'obéir machinalement, aveuglément, comme un esclave à quelque autorité.
Les autoritarismes réveillent les rebellions. Lire aussi
La ferme des animaux (le livre ne parle pas du spectre autistique, mais de qui devient calife à la place du calife). Or, souvent, chez les personnes autistes, l'autorité n'est pas un
"argument" (mais
un sophisme). Je connais peu de personnes autistes qui ont fait le service militaire.

Chez les personnes autistes, les curseurs de
la violence symbolique sont différemment placés. Lire aussi
Pierre Bourdieu et La Reproduction.
5. La neurodiversité, un combat politique :
D'ailleurs, il y a tout un mouvement, celui de la neurodiversité, qui promeut (1) l'acceptation des personnes autistes telles qu'elles sont ainsi que (2) la participation des personnes autistes aux processus de décision.
(1) Ce mouvement remet en question l'imposition aux personnes autistes d'acquérir les mêmes comportements que les personnes non autistes (ainsi que les diverses méthodes ad hoc) : regarder dans les yeux, éliminer les stéréotypies, faire la conversation (le small talk), etc. Ce mouvement critique donc les volontés d'éradiquer l'autisme, l'association "Vaincre l'autisme". Dans une perspective plus large, ce mouvement critique toutes les neurodiscriminations : discriminations envers les personnes LGBTAQI, envers les personnes schizophrènes, envers les personnes sourdes, etc. En bref, il critique l'homogénéisme, ces idées selon lesquelles la société devrait être homogène, ou selon lesquelles l'ensemble des individus a une essence commune (les tentations
essentialistes). Il vaut mieux faire connaître que
l'existentialisme est un humanisme. Les tentations eugénistes dérivent souvent (toujours ? "par essence" ?

) de tentations essentialistes.
(2) Ce mouvement critique aussi le fait que, dans beaucoup d'associations qui veulent aider et aident les personnes autistes, il n'y ait pas de personnes autistes dans les "hautes sphères" (les comités, la présidence, par exemple).
Nothing about us without us, rien sur nous sans nous. Il est aussi fortement lié au mouvement qui critique
le capacitisme, la discrimination sociale envers les personnes qui ont des handicaps.
Il se peut aussi qu'il n'aime pas, comme pas mal de personne autistes, qu'on déplace, enlève ou ajoute des objets dans sa chambre. Un moindre changement imprévu peut parfois déboussoler la personne autiste.
Des discussions ouvertes et à l'écoute s'imposent, pour comprendre et aider à comprendre.
6. Les discussions juste interactives (le small talk) :
La plupart des personnes non autistes aiment
le small talk, parler juste pour faire la conversation (parler de soi, s'intéresser à ce qu'a fait l'autre, faire des commentaires sur la nouvelle coiffure, discuter autour de la machine à café). À l'inverse, elles n'aiment pas les silences autour d'une table. Ceux-ci sont interprétés négativement (mauvaise ambiance, il fait la gueule, elle nous snobe, on l'a vexé ?, etc.).
Au contraire, les personnes autistes aiment plutôt parler de quelque chose qui a un fond, qui a de la matière (les intérêts spécifiques). Et s'il n'y a plus rien à rajouter sur le sujet, la conversation est souvent terminée. Et les silences autour d'une table ne les gênent pas. Des personnes autistes autour d'un restaurant ne seront pas gênées par des moments où personne ne parle pas.
En bref, les interactions sociales sont beaucoup plus fatigantes pour les personnes autistes car :
- chez les personnes non autistes en général, il y a une sélection et hiérarchisation automatique des informations (stimulus sensorielles, informations véhiculées par le langage), laquelle n'est pas automatique mais consciente chez les personnes autistes,
- dans une communication entre personnes non autistes, le langage non verbal (faciale, ton, gestuelle, posture, mouvements, etc.) occupe un bon 80 % de la communication, face à un petit 20 % de langage verbal (les mots) ; chez les personnes autistes, le langage non verbal n'est pas automatiquement appris en général, d'où le fait que les personnes autistes comprennent peu/pas celui-ci, donc, par conséquent, l'utilisent moins ; c'est un des facteurs qui favorise l'impression, chez les personnes non autistes, qu'une personne autiste lui paraît bizarre,
- pas mal de personnes autistes ont de la peine avec les implicites (l'ironie, les sous-entendus, les blagues pour charrier, le second degré, les règles tacites, les codes sociaux) et avec certaines figures de style, dont notamment
les tropes (métaphore, métonymie, etc.).
- pas mal de personnes autistes ont, en sus, des hypersensorialités (hyperacousie, forte sensibilité à la lumière, aux odeurs, tactile, vestibulaire, etc.),
- pas mal de personnes autistes ont des hypersensibilités (notamment émotionnelle ou face aux injustices, aux abus, aux souffrances, à l'instar de pas mal de personnes haut potentiel),
- si d'autres troubles (TDA/H, troubles dys, etc.) viennent s'ajouter à la compilation de handicaps, ça peut rendre encore plus difficile la communication.
(...)
Je chercherais aussi à rechercher et observer les différents facteurs qui le poussent à devenir agressif. L'adaptation va dans les deux sens. Si une personne (autiste ou non) doit s'adapter aux autres élèves, les autres élèves doivent aussi s'adapter à cette personne. D'où la nécessité de faire connaître le spectre autistique, la personne autiste, aux personnes (même s'ils elles n'ont "que" douze ans [elles ont déjà beaucoup d'expérience, sociale, psychique, philosophique, etc.]). Une personne, même autiste, sera peu motivée à s'adapter aux autres personnes si celles-ci ne font pas d'efforts pour s'adapter à elle, à l'accepter telle qu'elle est. Il est question d'humanisme, de neurodiversité, d'éviter le "tu dois être comme nous", "notre groupe est homogène".
Il a beaucoup été dit, sur ce forum, hors de ce forum, dans diverses conférences, qu'il est contre-productif de priver une personne (autiste ou non !) de ses intérêts spécifiques. Nous n'avons pas toutes les mêmes sources de motivation. Et l'interaction sociale, le small talk, n'est pas la source de motivation suprême chez les personnes autistes.
Si vous êtes prêts à faire rentrer les personnes autistes dans le moule à tout prix, vous êtes prêts à utiliser toute personne comme de la marchandise commerciale, électorale, etc.
J'ai l'étrange sentiments de n'être que du bétail
Mais s'job (si la job, le travail, l'emploi) là même si c'est pas l'paradis
J'peut pas m'permettre de la perdre
Et c'est bien ça l'erronie (l'ironie)
Les Cowboys Fringants - Par chez nous
L'ironie... ben, c'est que l'autisme, ça ne se perd pas, ça ne se vainc pas.
Sinon, on connaît déjà le peu d'efficacité du "renforcement négatif". Déjà, les personnes non autistes ne sont pas de purs chiens de Pavlo. Ben, les personnes autistes le sont encore moins. Elles ne vont que moins souvent obéir à l'autorité aveuglément, à la violence symbolique (lire ma citation).
Le bâton ne fait que souffrir ; la carotte, elle allèche, éveille la curiosité. Et il y a plusieurs sortes de carottes ! Les bâtons, il y en a peut-être plusieurs, mais ils font tous mal. Ouch ! Le système nerveux en prend un coup. C'est pas ça qui va laisser place à la sérénité.
Vous avez bien compris que je préconise la carotte, laquelle est comestible, contrairement au bâton. L'affaire ne peut pas rouler (marcher comme sur des roulettes) si on lui met des bâtons dans les roues. Faut pas s'étonner que ça ne tourne pas rond. Ce n'est pas ainsi qu'on va résoudre la quadrature du cercle. On ne peut pas être à la fois
algébrique et non algébrique.

Bien sûr, nous ne sommes pas que des nombres dans une matrice "productiviste" (ou aveuglée par ce qu'elle idéalise comme un "productivisme").
On dit souvent aux personnes adultes de ne pas oublier qu'elles ont été enfants. Ben...
- ce n'est pas évident pour des personnes non autistes d'imaginer la vie d'enfants autistes, donnons-leurs outils, les témoignages d'enfants autistes, les conférences (sur YouTube, entre autres),
- c'est encore moins évident pour une personne adulte autiste d'imaginer la vie d'enfants non autistes (même si elle en a vu beaucoup).
Partageons les connaissances, ne les marchandisons pas ! Mettons directement dans le domaine public, sur l'internet. Cela réduire le nombre d'obstacles au libre partage des connaissances, à la prise de connaissance des autres, du livre-ensemble, de l'humanisme.
C'est quand même pas croyable... il faut recommencer le même combat à chaque nouvelle différence (visible ou invisible, invisible en l'occurrence). La communauté ne peut-elle pas apprendre d'un coup l'humanisme, développer des attitudes d'écoute et d'adaptation peu importe les personnes nouvelles-nées, peu importent les différences (peur de l'inconnu), peu importent les similitudes (jalousies) ?
On préconise plutôt la piste : partir des sources de motivation (les intérêts spécifiques notamment chez les personnes autistes) puis développer l'arborescence des sources de motivation (comme chez moi

;
la pensée arborescente a des avantages, pour peu que l'on aide la personne avec cette pensée arborescente à la contrôler un tant soit peu). Bizarrement, avec les personnes autistes, on n'applique pourtant plus cette auguste maxime... aurait-on peur que la personne oublie tout le reste ? Certes, on peut comprendre cette peur. Mais c'est souvent cet intérêt spécifique laissé à son libre épanouissement qui va encourager la personne (autiste ou non autiste) à faire pousser l'arbre vers d'autres branches. Une personne passionnée de mathématique peut, de fil en aiguille, se diriger vers la physique, l'informatique, la chimie, la biologie, la géographie, la psychologie, la sociologie, la philosophie, l'éthique, le droit, l'économie, l'ethnologie, la culture, les arts, l'histoire, etc.
Puisque j'aime écouter de la musique en même temps que j'écris ce message, je n'aimerais pas être privé de musique, d'accès à l'internet.
Puisque j'aime me détendre, je n'aimerais pas me détendre avec de la musique, avec des moments à moi (le droit à l'indisponibilité, comme je l'appelle), avec des moments de silence, avec des moments à rire (fût-ce juste dans ma tête, même si ça ne se voit pas).
Puisque je bois un bon vin rouge en même temps que j'écoute cette musique et que j'écris ce message et que j'élabore mes réflexions, mon pied tapant au tempo de la musique, ma tête faisant de même, je n'aimerais pas être privé du droit d'acheter une bouteille de vin au magasin, de taper de la main ou du pied au tempo ou au rythme sur ma table, sur la table dans la classe, sur le fauteuil du train, du bus ou du métro, parfois en sirotant un bon vin.
Sinon, concernant le contexte scolaire, il y a le phénomène "anti-intello" (une histoire de jalousie parfois, mais souvent une méconnaissance, les personnes autistes apparaissant souvent comme pédante, ou leur comportement peu social étant parfois interprété comme condescendant, suffisant, alors qu'il ne l'est pas). À mon avis, le phénomène anti-intello me semble lié à la croyance en un monde juste, "équilibré". "S'il est très bon dans certains domaines, il a forcément des domaines moins bons." [Il ne peut pas être bon partout. Jalousie... comparaison n'est pas raison.] ou "S'il est très mauvais dans certains domaines (la communication sociale par exemple), c'est qu'il doit être très bon dans d'autres domaines ("Rain Man" et autres biais)."
Revenons sur l'agressivité. Il faut aussi regarder l'agressivité (parfois symbolique, implicite, non verbale, etc. tout ce que la personne autiste maîtrise beaucoup moins, et qui est d'autant mieux caché par la personne non autiste) venant des autres élèves. Quelles raisons d'être agressifs envers les personnes différentes ? Ne faudrait-il pas partager la neurodiversité dès le plus jeune âge ? Faire connaître le spectre autistique, le spectre schizophrénique, le spectre genres-orientations-sexuelles, etc. ?
[On peut bien continuer d'enseigner que l'embryon vient de la rencontre d'un spermatozoïde et d'un ovule, rien ne devrait empêcher de rajouter que des hommes ne se sentent pas hommes, que des femmes ne se sentent pas femmes, que des hommes qui se sentent hommes sont attirés par des hommes, que des femmes qui se sentent femmes sont attirées par des femmes, que des personnes ne se sentent ni totalement hommes ni totalement femmes (on en revient au biais de représentativité, lequel favorise des stéréotypes, des stéréotypes de genre en l'occurrence), que des personnes (bisexuelles) sont attirées à la fois par les hommes et par les femmes, que des personnes (pansexuelles) se sentent attirées par les hommes, par les femmes et autres), que des personnes (asexuelles) n'ont pas d'attirance sexuelle, etc. Surtout : que la catégorisation n'est jamais définitive, qu'elle est sans cesse évoluante. On découvrira probablement dans la suite de nouvelles catégories, de nouveaux "profils", de nouvelles personnes. Développer l'humanisme, c'est se préparer à toutes les différences, non seulement celles déjà connues, mais aussi celles à venir, qu'on ne connaît pas encore.]
Bref, je me suis encore un brin étalé (un brin, parfois c'est encore pire, plus long...).
