Mizton a écrit :Je me demande comment tu peux communiquer en rendant perceptible par autrui le fait que l'usage du masculin/féminin dans tes phrases a valeur de neutre.
Généralement, les locuteurs francophones comprennent dans l'usage quotidien de leur langue que ce que l'on nomme improprement le genre grammatical "masculin" n'a une réelle valeur de masculin que dans un nombre réduit de cas. Le genre grammatical peut certes servir à marquer le sexe des êtres animés, mais sa fonction première n'est en réalité pas d'ordre sémantique.
En pratique, si un professeur dit : "Que ceux qui connaissent la réponse lèvent la main !", les élèves comprennent que cette phrase ne s'adresse pas uniquement aux garçons. Le professeur n'est nullement obligé, pour se faire comprendre, de préciser "celles et ceux".
La confusion entre le genre grammatical et le sexe a été opérée à partir du XVIII
ème siècle :
Condillac a écrit :C’est la distinction des deux sexes qui a été le premier motif de la distinction des choses en deux genres ; et pour marquer cette différence jusque dans les noms, on leur a donné des terminaisons différentes suivant la différence des sexes, telles que lion, lionne, chien, chienne. En conséquence, on a dit : les noms, ainsi que les sexes, sont de deux genres.
Il n'y a pas de pression normative visant à imposer le genre grammatical "masculin" sur le genre grammatical "féminin". Le fonctionnement de la langue française du XXI
ème siècle est par essence asymétrique : le genre grammatical "féminin" est exclusif, le genre grammatical "masculin" ne l'est pas. Ce n'est pas un refus "d'inclusivité" ni une question de de sexisme, mais simplement une réalité d'
usage.
- Je pourrais parfaitement dire, en parlant d'un groupe de filles : "Ils sont en route vers Paris." si je ne souhaite pas mettre d'accent particulier sur le fait qu'il s'agit d'un groupe exclusivement composé de filles.
- Je suis de sexe féminin, et il est écrit "Programmeur" sur mon curriculum vitae car j'estime que mon sexe n'a aucune importance et n'a pas besoin d'être précisé dans ce contexte. Je ne suis pas en défaveur de l'usage des termes féminisés, mais je souhaite avant tout mettre en avant mes compétences.
Dès lors qu'il n'existe que deux genres grammaticaux dans une langue, il se trouve une contrainte dans le choix du genre à utiliser lorsque l'on parle d'un ensemble d'individus. En français, le féminin demande souvent l'ajout d'un phonème (à l'oral) par rapport à une base "masculine". Il est donc plus économique pour les locuteurs de privilégier l'usage de la base dans les cas généraux. D'ailleurs, cet usage tend naturellement à se généraliser dans la langue orale,
y compris dans les cas où l'accord attendu devrait être féminin :
Un homme politique français a écrit :Leur réaction est excessive et je crains qu’elle ne puisse pas être compris des Français.
Je me suis aperçue, suite à cette prise de conscience, que je ne faisais moi-même pas systématiquement l'accord du féminin à l'oral, et la raison n'est pas d'ordre identitaire. La langue orale ne dispose pas de règle fixe, elle suit sans cesse une dynamique de changement.
Vouloir influencer la langue en se basant sur des codes écrits m'apparait comme essentiellement politique. Ce que certains nomment pompeusement la "communication inclusive", est à mes yeux, bien au contraire, excluant pour tous les non-initiés à ce sociolecte basé sur une théorisation linguistique archaïque et contestable en bien des points. Ce code demande un effort supplémentaire pour le scripteur comme pour le lecteur. Il impose une désynchronisation de surcroît entre le code écrit et la langue orale. Enfin, il ne garantit aucunement une meilleure prise en considération des droits des individus. Le persan ne connait pas de genre grammatical, mais les iraniens sont, je pense, moins bien lotis que les français en matière de sexisme.
Prétendre que le "masculin neutre" n'existe pas est un contresens quand on observe les usages encore bien ancrés dans la langue française, ainsi que les nouveaux usages qui apparaissent. Je ne comprends pas du tout pourquoi les personnes diversement genrées ont un problème avec l'usage courant du genre "masculin", et préfèrent inventer des termes parfois insensés, comme "quelque-unes" au singulier. En quoi est-t-il présumant de dire "J'ai vu la silhouette de quelqu'un. Il se trouve que c'était une dame, quelqu'un que je connais." ?
Personnellement, je trouve que la diminution de l'usage du genre "féminin" serait plus avantageux pour tout le monde qu'une re-dualisation forcée du genre "masculin".