N°36 novembre - decembre 2009
La molécule du bonheur
Elle envahit le corps pendant l'orgasme, confère au toucher sa part de magie, diminue stress et méfiance : c'est l'ocytocine. Cette molécule, pense-t-on, serait même efficace pour traiter la dépression, les phobies sociales ou l'autisme.
Klauss Wilhelm
Il s’agit de sexe. Et de relations. Bien évidemment, d’un point de vue strictement scientifique : 44 jeunes hommes tiennent un petit flacon sous leur nez, appuient de temps en temps sur le pulvérisateur et inspirent profondément. La substance active chemine vers leur cerveau. Du moins chez 22 des participants, les autres respirant un aérosol sans effet. Puis, petit à petit, sur l’écran posé devant eux, apparaissent des lettres isolées qui forment des mots : amour, haine, embrasser, prostitution, etc.
La tâche consiste à nommer aussi vite que possible le mot en question. Les résultats de l’expérience montrent que les sujets ayant inhalé une substance nommée ocytocine identifient très rapidement les mots qui sont associés à des relations sociales positives, ou au sexe. C’est une des premières études qui met en évidence les effets cognitifs de l’ocytocine, souligne le directeur de l’étude, Christian Unkelbach, de l’Université de New South Wales en Australie. Selon lui, l’ocytocine focalise l’esprit sur les informations sociales positives, instaurant la confiance.
Peu auparavant, Adam Guastella, de la même université, avait mis en évidence un effet similaire, concernant cette fois la mémoire de visages heureux. Les personnes ayant inspiré davantage d’ocytocine se rappellent mieux les visages joyeux que les visages tristes ou n’exprimant aucune émotion. L’ocytocine serait-elle une drogue qui rend les gens heureux ?
Il y a encore quelques années, peu nombreux étaient ceux qui auraient cru qu’une seule hormone pouvait avoir un tel effet. Seul – ou presque – Markus Heinrichs, psychologue à l’Université de Zurich, était depuis longtemps convaincu que l’ocytocine joue un rôle essentiel dans les relations sociales et la confiance. Des découvertes récentes ont fait de cette molécule un des principaux enjeux de la recherche en neurosciences (...).
Un article paru dans le dernier numéro

Le contact de la paume d’une main chaude suscite la confiance, et provoque la libération d’ocytocine dans le cerveau.