Manger de la viande est une pratique. Manger du tofu en est une autre.
Croire que l'être vivant a souffert avant d'être mangé est une croyance, tout comme croire qu'il n'a pas souffert avant d'être mangé.
Est-ce que je considère bien ou mal de tuer un animal pour avoir le plaisir de manger de la viande ?
Je cherche justement à éviter de croire qu'il y a le bien d'un côté, le mal de l'autre.
Si on cherche à répondre sans nuance "C'est bien de tuer un animal pour avoir le plaisir de manger de la viande." ou, avec aussi peu de nuance, "C'est mal de manger un animal pour avoir le plaisir de manger de la viande.", on crée soi-même les extrêmes : chacun cherche sa propre cohérence (de croyances, de rites et de valeurs) et à la défendre, à la fortifier, si bien que les cohérences s'éloignent les unes des autres. [A trop vouloir être cohérent, on se prive du changement.]
Pour faire de l'éthique, il me semble que nous sommes obligés de tenir compte des différentes motivations des diverses parties. Sans ça, nous risquons d'être tentés par un déterminisme éthique, qui, alors, ne se différencierait pas d'un déterminisme moral ou juridique. "Allez ! nous appliquons ce déterminisme, tel un algorithme, étant donné que nous connaissons les paramètres : ça, c'est bien ; ça, c'est mal ; ça, mal, ça bien..."
Donc, on ne peut pas répondre à la question initiale sans répondre à d'autres questions*, même si celles-ci paraissent secondaires.
* Est-ce que tuer implique faire souffrir ? Est-ce que le mangeur de viande sait comment a été traité l'animal ? Est-ce que l'animal a bien été traité ? Est-ce que l'animal s'est suicidé ? Est-ce que l'animal est mort par accident ? Est-ce que, s'il est mort par accident, je peux me permettre d'en manger ? Est-ce que le mangeur sait qu'il mange de la viande ? Est-ce que le mangeur a autre chose à manger ? Est-ce que le mangeur aime la viande ? Est-ce que le manger se voit contraint (sous menaces) de manger de la viande ? Est-ce qu'on peut se permettre de manger des mouches (c'est bien un animal, mais est-ce de la viande ?) ? Qu'est-ce que la viande (la chair ? le gras ? les os ? les poils ? la peau ?) ? Est-ce que le mangeur peut se permettre de manger certains animaux mais pas d'autres ? pourquoi ne pourrait-il pas être cannibale ? est-ce que le mangeur peut se permettre de manger de
la viande artificielle ? Est-ce que les enfants peuvent se passer de viande pour la croissance du corps ? Est-ce qu'une femme enceinte peut vivre une grossesse réussie en étant végétarienne (voire végétalienne) ? faut-il mettre toutes les espèces sur un même pied d'égalité en droits ou en éthique ? (faudrait déjà réussir à mettre tous les individus de notre espèce sur un même pied d'égalité, diront certaines langues

) est-ce que la pilule passe mieux si les animaux ont été élevés en liberté, en plein air, sans être bourrés aux céréales ? Si une personne mange de la viande, faut-il la punir ? ou la récompenser ? pourrions-nous grandir, vivre et mourir sereinement sans manger de viande ? si on ne mange pas l'animal, que faisons-nous de son cadavre ? on le met dans une tombe ou dans une urne ? en plus de sensibiliser à la traite des animaux, on pourrait sensibiliser aux méfaits de l'alcool et du plastique, non ? nous faisons-nous ascètes ? Est-ce que poser des questions est déjà une forme de militantisme ? Peut-on sensibiliser une personne sans induire en elle un sentiment - provisoire ? - de culpabilité ? ...
Quoi qu'il en soit, pour ma part, j'essaie d'éviter de me mettre dans une position définitive avec une réponse définitive (et de me dire "J'ai raison ! Les autres, vous avez tort. Vous ne me comprenez pas."

). J'ai souvent changé d'opinions et je continuerai probablement d'en changer. J'encourage les nuances, et à toujours envisager que nous pouvons nous tromper, à toujours envisager la réfutation.