Quimper ville - 14 avril 2013 - Le Télégramme
Josef Schovanec. « Sortir des vieux clichés sur l'autisme »
Maniant avec talent l'humour et l'autodérision, Joseph Schovanec, autiste Asperger, est venu tordre le cou à quelques idées reçues en matière d'autisme.
En commençant sa conférence par une galerie de portraits, Josef Schovanec, docteur en philosophie, diplômé de Science-Po-Paris et auteur du livre « Je suis à l'Est », a voulu montré la grande diversité des parcours des gens avec autisme et « sortir du vieux cliché que l'autiste est quelqu'un enfermé dans une petite box ».
« Il ne faut pas faire de pronostic »
À partir de l'exemple de la jeune mathématicienne, Sophie **, aujourd'hui professeur à l'université de Princeton, il a aussi souhaité qu'on s'interroge sur ce que serait devenue cette brillante scientifique si des professeurs avaient décrété que les maths étaient trop dures pour elle ou qu'on avait dit à sa mère de faire le deuil du langage. « Des générations de gens avec autisme ont été sacrifiées à cause de ce système et de ses effets pervers », a indiqué le conférencier. Il a également précisé : « Il y a encore quelques années, personne n'aurait parié un centime sur ma capacité à rentrer en CP ou en CE1 », tout en mettant en garde contre tout pronostic prématuré. Avec un sens de l'humour et du second degré très apprécié du public, Josef Schovanec s'est appliqué à tordre le cou à quelques idées reçues en matière d'autisme. Dans son bêtisier, figure en première place l'idée que la dépression post-partum de la mère non contenue et non perçue par son entourage serait à l'origine de l'autisme de son enfant. La sensibilité excessive de l'enfant est aussi incriminée.
Une méconnaissance de l'autisme
Il a, par ailleurs, évoqué le devenir des autistes. « On constate, très souvent, que même ceux qui ont toutes les compétences, tous les diplômes peuvent se retrouver dans la rue ou sont dans des situations absolument indignes. Ce n'est pas lié à l'autisme mais à la méconnaissance de l'autisme dans la population en général ». Et pour tenter de faire comprendre à son auditoire le mode de fonctionnement intérieur de l'autisme, il a notamment cité la blague du conducteur de train qui demande à voir le billet et à qui l'autiste va répondre : « Non, vous ne pouvez pas le voir, il est dans ma poche ». Un langage humain plein de double et de triple sens dont on ne pourra, dit-il, jamais maîtriser toute la finesse et qui peut être source de difficultés dans la vie de tous les jours. Et volontairement provocateur, Josef Schovanec n'a pas peur d'ajouter : « Quand on me demande ce que je pense de la méthode ABA, j'ai l'habitude de répondre : quand je vois une cour de récré, ce sont plutôt des gens non autistes qui auraient besoin d'une méthode ». Une intervention qui a le mérite de renverser un peu les rôles et de nous amener à réfléchir sur une société qui ne prend pas suffisamment en compte les spécificités des personnes avec autisme.
Josef Schovanec a animé, hier après-midi, à l'IUT, une conférence à l'invitation de l'association Autisme Cornouaille.