Tu veux croire que ton choix est légitime, que l’on ne peut pas te blâmer pour une erreur d’appréciation, que tout être humain, après tout, peut se tromper. Tu parles d’imprévisibilité, d’un monde où l’on ne mesure jamais pleinement ce que l’on s’apprête à vivre avant d’y être plongé. Et dans une certaine mesure, c’est vrai. Mais cette vérité ne doit pas servir de prétexte pour masquer une responsabilité bien réelle.Samara a écrit : ↑dimanche 2 mars 2025 à 8:41 Nous sommes juste des petits animaux qui nous débattons avec ce que nous sommes, avec nos failles, nos défauts, nos faiblesses et nos fragilités. Si j'avais pu choisir, crois moi je n'aurais pas choisi d'être la personne que je suis.
Les horreurs du monde sont souvent générées par des situations de détresse.
La plupart des gens font de leur mieux, et on devrait se garder de croire qu'on est les seuls à chercher à bien faire et que seuls ceux dont on valide et comprend les actes sont dignes de notre considération.
Je suis trèes sensible à la cause animale, j'aime les animaux, je pleure quand je vois les photos des refuges, ça me rend affreusement triste et en colère. Mais je n'ai pas à juger les gens.
Et dans mon cas, j'estime que n'étant encore rien pour ce petit chiot, et probablement pendant encore quelques jours, il ne souffrirait pas de retourner avec ceux qu'il aime. Et il ne souffrirait pas non plus de rester avec moi si j'arrive à me reprendre car je m'en occuperai bien.
Un chiot n’est pas une abstraction, une idée que l’on peut effacer lorsqu’elle ne correspond plus aux attentes. Il est là, il existe, il respire, il s’attache déjà. Tu affirmes que tu n’es encore rien pour lui, comme si cela pouvait alléger la portée de ton geste, comme si le lien n’avait pas encore pris assez d’épaisseur pour que son abandon ait des conséquences. Mais ce n’est qu’une supposition, une pensée rassurante que tu convoques pour rendre ta décision plus acceptable.
Un être vivant n’est pas une idée que l’on façonne à sa convenance ni un engagement que l’on peut effacer d’un geste. Dès l’instant où il existe auprès de toi, il tisse des repères, imprime en lui la présence qui l’entoure, s’ancre dans ce qui lui semble stable. L’en détourner brutalement, ce n’est pas un simple ajustement, ce n’est pas revenir à un état antérieur sans conséquences. C’est une rupture, une faille dans la continuité de son attachement.
Tu dis aimer les animaux, être bouleversée par leur sort, pleurer devant les images de refuges surpeuplés et d’êtres abandonnés qui attendent, hagards, une main qui ne reviendra jamais les chercher. Mais l’amour véritable ne se mesure pas à l’émotion qu’il suscite, ni à la douleur que l’on ressent face à la souffrance d’autrui. Il ne se résume pas à une sensibilité qui se consume dans l’instant et s’éteint dès qu’elle exige un effort concret. L’amour, s’il est réel, se manifeste dans l’action, dans la constance, dans la capacité à demeurer fidèle à ses engagements même lorsque ceux-ci s’avèrent plus difficiles qu’on ne l’avait imaginé.
Être touché par la misère animale, ressentir de la tristesse, de l’indignation, de la colère face à l’injustice de leur sort, c’est une chose. Mais ce ne sont que des émotions passagères si elles ne se transforment pas en actes, si elles ne résistent pas à l’épreuve du réel. Aimer un animal, ce n’est pas simplement s’émouvoir de sa détresse abstraite, c’est lui offrir une présence stable, une sécurité, un ancrage. C’est accepter que la relation avec lui ne sera pas toujours conforme à l’image que l’on s’en était faite, que certaines choses déplairont, que certaines contraintes pèseront, mais que l’on choisit d’avancer malgré tout, parce que c’est cela, s’engager.
Tu dis que tu pourrais aussi bien te reprendre, que cette gêne que tu ressens, ce rejet naissant, n’est pas insurmontable, qu’il suffirait d’un effort, d’un ajustement, pour que ce chiot ait enfin la place qu’il mérite dans ta vie.
Alors pourquoi t’abandonner si vite à l’option la plus facile ?
Pourquoi, avant même d’avoir tenté de dépasser cette difficulté, cherches-tu à justifier l’abandon, à rationaliser ta fuite ?
L’attachement ne naît pas de l’immédiateté, il se construit dans la durée, dans la persévérance face aux inconforts initiaux, dans la capacité à accueillir pleinement une autre existence dans la sienne, sans chercher à la modeler selon des attentes trop étroites.
Si vraiment tu ressens cet amour dont tu parles, si vraiment le sort des animaux te touche au point d’en être bouleversée, alors ce chiot ne mérite pas d’être une illusion abandonnée à la première contrariété. Il mérite que tu essaies, que tu donnes à cette rencontre le temps de devenir un lien, au lieu d’y renoncer avant même d’avoir lutté pour le faire naître.
On ne se défait pas d’un être vivant comme on se déleste d’un vêtement dont la coupe ou la texture nous incommode. Un engagement ne s’annule pas avec la facilité d’un nœud que l’on défait lorsqu’il serre un peu trop fort. Ce choix que tu as posé ne concerne pas uniquement ton propre confort : il implique aussi ce chiot, qui, lui, ne possède ni les repères ni la compréhension de tes hésitations humaines. Avant de renoncer, accorde-lui l’espace de s’inscrire dans ta vie, et accorde-toi, à toi-même, la possibilité de dépasser cette gêne au lieu de la contourner.