Bonjour Gabriellelev,
J'ai suivi ce sujet depuis le début mais je ne me sentais pas légitime d'y répondre car je ne suis pas encore diagnostiquée. J'avais peur de mal répondre ou d'être mal comprise
C'est en lisant les derniers commentaires que finalement je saute le pas...
REPONSES AUX QUESTIONS
B1 : Avez-vous aussi expérimenté ce besoin de revoir vos choix, vos mode de vie de manière radicale après avoir réalisé que vous étiez autiste ? Si oui, comment avez-vous géré ça ?
Pour le moment, non, je n'ai pas besoin de revoir mes choix parce que chacun de mes choix a été mûrement réfléchi. J'ai toujours pesé le pour et le contre pour chaque action en m'imaginant toujours ce qui se passerait en faisant tel ou tel choix.
Bien sûr, quand j'ai découvert l'autisme et que je m'y suis retrouvée, je me suis mise à analyser toute ma vie, mais ça m'aide surtout à mieux comprendre ce que je n'arrivais pas à expliquer (mes comportements, sentiments...)
B2 : Comment faites-vous pour vivre en couple avec un neurotypique en étant asperger ? Y’en a-t-il parmi vous qui vivent avec un/une neurotypique depuis longtemps ?
Je ne sais pas si mon conjoint est neurotypique, il a beaucoup de comportements qui me font penser au spectre de l'autisme. Cependant, en faisant un ou deux tests il n'y est apparemment pas…(a-t-il répondu vraiment honnêtement aux questions? Je n'en suis pas sûre)
Nous sommes ensemble depuis 13 ans et c'est vrai que ce n'est pas facile tous les jours. Nous sommes actuellement en horaire de contre-équipe pour le travail et ca se passe bien (nous nous voyons plus que les Week-ends, du coup ca nous laisse de la liberté en semaine et quelques sujets de conversations pour le Week-end. Enfin je dis ca, mais j'avoue que la plupart du temps je ne me souviens plus de ma semaine

).
Il a du mal comprendre certaines de mes réactions/mes comportements que je n'arrive pas à expliquer non plus d'ailleurs

.
Il me reproche aussi régulièrement de vouloir toujours tout interpréter, faire trop attention aux détails, toujours tout anticiper, tout faire pareil que lui notamment en société (mimique, comportement, paroles etc.)... Mais d'un autre côté, je dois bien avouer qu'il m'aide aussi sur beaucoup de choses.
Par exemple, grâce à lui j'ai appris à comprendre le second degré, l'humour (bon j'ai encore du mal parfois), il m'a appris à "bien m'habiller", il m'envoie régulièrement des pics dans ses paroles qui me permettent de prendre conscience de certaines choses/attitudes etc. Si je devais résumer notre relation à une citation ce serait "fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis".
B3 : Vous sentez-vous dépendant de votre conjoint neurotypique sur certains aspect en raison de votre autisme ? Si oui comment gérez-vous cette dépendance ? Avez-vous l’impression qu’elle peut être dangereuse et vous « emprisonner » ?
Je me suis aussi posée la question, à savoir si je l'aime ou si c'est plutôt de l'attachement. J'ai eu une période ou j'étais complètement dépendante de lui en tout point. Par moment, je me dis que finalement je m'en sortirais toute seule mais je ne me vois pas vivre sans lui. Je pense qu'il faut trouver un équilibre et savoir comment faire des compromis.
B4 : Parmi les parents, votre autisme, problèmes de concentration, d’attention, d’anxiété a-t-il déjà mis vos enfants en danger ?
Je ne pense pas bien au contraire. Je suis extrêmement attentive à tout ce que fait mon enfant, je suis dans le contrôle en permanence. Bien sûr, parfois je me dis qu'il a besoin de faire ses propres expériences, alors à ce moment là j'évalue le danger, s'il est mineur je le laisse et j'essaye de ne pas le surprotéger.
B6 Arrivez-vous à travailler à côté de votre tâche de père/mère ?
Je me suis mise à mon compte quand le petit avait 1 an. Ca a été très dur de tout gérer, je travaillais la nuit pour avoir l'esprit tranquille mais j'ai vite accumuler la fatigue, le stress et l'anxiété. Je mettais le petit à la crèche deux jours dans la semaine pendant quelques heures pour l'aider à sociabiliser en me disant que ca me laisserait du temps pour travailler. Mais dès que je le déposais et que je rentrais, j'étais tout le temps frustrée car au final je n'avais pas le temps de travailler convenablement. Je préférais m'attarder sur des tâches que je n'arrive pas à faire avec un enfant comme le ménage et quand je commençais à me mettre sur l'ordi pour travailler, je devais mettre mon travail en attente pour aller le récupérer à la crèche (GRR)
Actuellement j'ai un travail à temps plein dans une grosse entreprise, mon fils va à l'école et chez une nounou les mercredis et pendant les vacances scolaires. J'avouerais que ca me pèse de ne plus être aussi présente mais je suis contente qu'il puisse passer plus de temps avec son père quand je travaille. Et surtout le fait de le savoir chez des personnes en qui j'ai confiance m'aide à avoir l'esprit serein pour être plus concentrée sur tous mes autres défis du quotidien.
B7 Comment gérez-vous le bruit et leur besoin naturel de sociabilisation (que les enfants soient eux-aussi autiste ou pas) ?
C'est assez dur à gérer mais tous les jours j'essaie de m'améliorer et l'aider. Mon fils chante tout le temps, s'agite tout le temps et à un grand besoin de se défouler. Il ne fait plus de sieste depuis ses 2 ans. Je m'instruis beaucoup sur l'éducation positive, les activités à faire pour les enfants de son âge et son éveil, les comportements en société etc.
Pour les comportements en société par contre, j'ai énormément de mal car je ne sais pas comment me comporter. Je suis mal à l'aise avec d'autres enfants et surtout j'ai peur qu'il éprouve les même problèmes que moi dans mon enfance en grandissant.
Il essaie de s'intégrer dans des groupes d'enfants mais bien souvent les autres le rejettent.
Un exemple récent: Nous sommes chez les grands-parents, un enfant fait du vélo dehors, mon fils va vers lui pour essayer de discuter avec le petit garçon qui fait du vélo. Il revient vers moi pour me demander une information car il a oublié un mot, je lui réponds, il retourne voir le garçon pour le lui dire et au final le petit garçon n'arrêtait pas de dire à mon fils: "laisse-moi tranquille! Arrête de me suivre". Du coup, j'ai du intervenir pour expliquer à mon fils (qui n'arrêtait pas de me dire qu'il avait un nouveau copain et qu'ils allaient faire du ballon le soir) qu'il avait mal interprété et il s'est mis à pleurer. (J'ai connu ça presque toute mon enfance alors je n'ai pas eu de mal à comprendre pourquoi il pleurait) Je lui ai proposé qu’on fasse un jeu tous les deux.
En lisant beaucoup d'articles sur l'autisme a cet âge, je me suis aussi rendue compte qu'il ne comprends pas l'implicite, l'humour, le second degré et je ne m'en étais pas rendue compte ! Maintenant que je le sais, je lui demande s'il comprend et s'il peut répéter ou reformuler les choses sinon je prends le temps de lui expliquer.
Pour le reste des questions je ne suis pas trop concernée. Je ne pense pas être bisexuelle et je me demande même si je suis bien hétéro

Mon conjoint me reproche mon côté frigide et mon manque d'initiative (c'est toujours lui qui fait le premier pas). Je ne suis pas tactile et je n'aime pas quand on me touche. Il faut que je m'y sois préparée mentalement.
Pour la grossesse, j'ai voulu tombée enceinte car je m'étais mis en tête que je voulais un enfant avant mes 25 ans. En plus, cette grossesse à été comme un échappatoire puisque c'est ce qui m'a permis de quitter mon travail dans lequel je ne me sentais plus très bien pour rejoindre mon conjoint près de la frontière. Tombée enceinte, la grossesse et l'éducation de mon fils sont devenus mes intérêts restreints. J'étais obsédée par le fait de tomber enceinte, j'utilisais des tests d'ovulation etc. Et puis un jour ca a été positif. J'ai été chamboulé mais il n'y a pas eu un seul jour sans que je pense à autre chose que ça. Tous les jours, je regardais ou ça en été, ce que je devais ressentir etc. Je pensais, mangeais, dormait bébé.
A la naissance de mon fils, comme Mlle-Qui, je n'ai pas aimé mon bébé au premier regard. J'ai accouché par césarienne, on m'a présenté l'enfant, je ne le trouvais pas très beau (j'ai honte d'avoir pensé ça), j'ai beaucoup pleuré…
Les débuts ont été dur avec la fatigue accumulée, le stress et l'anxiété mais j'ai voulu me dépasser. Avec le temps, je me suis rendue compte que grâce à lui certaines peurs se sont légèrement effacées. Mon attention étant portée sur lui et son bien-être, les miens passaient au second plan…