Brest ville
Autisme. Lud'Éveil né d'une mobilisation en pays d'Iroise
Le Télégramme - 7 novembre 2011
Samedi, Lampaul-Plouarzel inaugurera sa maison Lud'Eveil, point d'orgue d'une forte mobilisation autour de trois enfants autistes.
Les parents de Guillaume, Morgann et Pierrick ne se connaissaient pas, il y a encore deux ans. Aujourd'hui, ces familles d'enfants autistes de Lampaul-Plouarzel partagent une méthode et une équipe de110 bénévoles.
Quarante heures par semaine
Une permanente a été embauchée en CAE (contrat d'accompagnement dans l'emploi) pour six mois. La commune a mis à disposition un appartement qui abrite les salles d'éveils de Guillaume, 14ans, et Morgann, 5 ans et demi. Pierrick, 4ans, poursuit à domicile les séances débutées avant l'ouverture de Lud'Éveil. Les trois enfants suivent la méthode 3 i (Intensive, individuelle, interactive) importée des États-Unis par une grand-mère pour son petit-fils. L'association Autisme espoir vers l'école (AEVE) a six ans d'existence en France. L'idée est de stimuler l'enfant pendant 40heures chaque semaine, pour l'aider à communiquer et à sortir de son autisme; l'objectif étant au final une intégration scolaire. Un immense défi pour ces enfants qui ne prononcent que quelques mots.
Une décision lourde à prendre
Pour les parents, le choix de la méthode 3i a été une décision lourde à prendre : il a fallu quitter les structures qui accueillaient leurs enfants et dans lesquelles il est très difficile de trouver une place. «Je m'étais d'abord intéressée à la méthode ABA; une maison s'est ouverte à Quimper, mais il y avait une liste d'attente énorme. Et comme cette méthode fait appel à des professionnels, le coût en est aussi très élevé», explique Katell Roué, maman de Morgann qui était encore scolarisé en septembre dernier et passait trois demi-journées en hôpital de jour, avec une prise en charge pluridisciplinaire. «Maintenant, il passe ses journées à Lud'Éveil, dans la salle qui lui est réservée pour jouer avec les bénévoles qui se succèdent toutes les 90 minutes. Chaque bénévole a été formé». Tous les camarades de classes de Morgann ont réalisé un panneau avec leurs photos et des dessins, un panneau qui est affiché à côté du trombinoscope des bénévoles. «Guillaume a quitté l'IME (Institut médico-éducatif) qui s'occupait de lui. Ses progrès nous semblaient faibles et on a décidé de sauter le pas en tentant la méthode 3i. Ma femme était devenue l'une des bénévoles intervenant auprès de Pierrick», précise Victor Lamata, papa de Guillaume.
Renforcer l'équipe
Une fête de l'autisme organisée à Lampaul en avril a permis de réunir 110 bénévoles, mais il en faudrait encore de nouveaux pour renforcer l'équipe de Guillaume notamment. La méthode doit être expérimentée deux ans. Elle est donnée mais obligatoirement encadrée par une psychologue de l'AEVE, dont les interventions sont payantes. L'AEVE collecte des expériences dans l'objectif d'une validation scientifique de ses résultats. De 9h à 12h puis de 13h30 à16h30 voire 18h, les enfants sont stimulés, samedi et dimanche inclus. «Au début, ils étaient épuisés le soir, mais maintenant ils se sont adaptés. Un mois, c'est encore trop tôt pour juger des résultats, mais ils sont tous les deux de plus en plus contents de venir à Lud'Éveil et ils reconnaissent leurs bénévoles». Contacts Tél. 02.98.84.03.79 ou 06.31.64.93.67.
Catherine Le Guen
Katell Roué, maman de Morgann, 5 ans et demi et Victor Lamata, papa de Guillaume, 14 ans, les deux enfants accueillis à Lud'Éveil, devant le trombinoscope des bénévoles, au nombre de 110 à ce jour.
Dr Lemonnier : «Éviter une approche trop exclusive»
Le Télégramme - 7 novembre 2011
Que penser de ces méthodes proposées aux parents d'enfants autistes? Réponses du Dr Lemonnier, du centre de ressources sur l'autisme de l'hôpital de Bohars.
L'autisme concerne environ un enfant pour 150 naissances, toutes formes confondues. La maladie se caractérise par des troubles des interactions sociales, de la communication et des comportements répétitifs. «Des médicaments peuvent agir sur certains symptômes, par exemple pour réduire l'agressivité ou l'agitation», explique le Dr Éric Lemonnier, pédopsychiatre du centre de ressources sur l'autisme à l'hôpital de Bohars.
«Trop d'ayatollahs»
En France, les approches ont évolué depuis dix ans, de nouvelles prises en charge sont apparues.
«Je joue de toute la gamme des possibilités, comme l'orthophonie, par exemple, que l'on estimait inutile il y a peu». Une équipe de psychiatres de Tours a mis au point une thérapie d'échange et de développement. «
La méthode 3i se rapproche beaucoup du travail mené à Tours. Mais 3i se veut une méthode exclusive et elle s'accompagne d'une représentation magique du développement mental. On passe aussi d'une prise en charge professionnelle à l'intervention de bénévoles; ce n'est pas forcément une mauvaise chose, mais cela demande à être évalué. Des résultats intéressants seraient enregistrés la première année de la méthode3i, mais ensuite cela se réduirait. Cela plaide pour associer d'autres approches. Il ne faut rien rejeter, il y a trop d'ayatollahs dans l'autisme».
Le langage en priorité
Parmi les autres méthodes : ABA autour de l'analyse du comportement, TEACCH pour adapter l'environnement aux capacités cognitives de l'enfant ou le PECS, système de communication par l'image. «
PECS est très intéressant pour les enfants dont le langage n'est pas en place. Avant 6 ans, la priorité, c'est vraiment le langage pour aller vers une scolarisation. Niveau scolaire et niveau d'autonomie sont liés». «
Les parents nous apprennent beaucoup de choses. Ils sont très pragmatiques. Ils se bagarrent pour que leur enfant soit le moins handicapé possible. Ma porte reste ouverte à ceux qui ont rompu avec le système de soins traditionnels. Il faut se garder d'une approche trop exclusive, pour s'adapter aux besoins de l'enfant et à son niveau de développement».
C.L.G.
Le docteur Éric Lemonnier, pédopsychiatre au centre de ressources de l'autisme à l'hôpital de Bohars.